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2015–2025 : après le Bataclan, ce que la France craint aujourd’hui

2015–2025 après le Bataclan, ce que la France craint aujourd’hui

Lecture 07 min. Publié le 13 novembre 2025 

Alors que la France commémore les attentats du 13 novembre, la menace terroriste reste élevée, mais les inquiétudes se déplacent. Entre crainte d’un conflit avec la Russie et peur persistante du terrorisme intérieur, le pays vit désormais sous une double ombre : celle du passé et celle des tensions mondiales.

De la terreur au spectre de la guerre

Dix ans après les attaques du 13 novembre 2015, la France commémore ses 132 morts dans un climat d’inquiétude renouvelé.

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a rappelé que « la menace terroriste demeure très élevée », précisant que sa nature a changé, devenant plus endogène, plus diffuse et moins structurée qu’à l’époque du Bataclan.

Mais une autre peur s’est installée : celle d’une guerre à grande échelle. Le même jour, la ministre des Armées Catherine Vautrin avertissait que l’Europe devait « être prête à un conflit de haute intensité d’ici à 2030 ».

Selon plusieurs sondages récents, un Français sur deux pense que la guerre en Ukraine pourrait toucher directement la France, et trois sur quatre considèrent la Russie comme une menace pour la souveraineté européenne.

Cette angoisse grandissante se reflète dans le budget des armées, qui augmentera de 6,7 milliards d’euros en 2026, malgré un contexte budgétaire tendu.

Une menace terroriste toujours présente

Si les attaques massives comme celles de 2015 semblent appartenir au passé, le terrorisme n’a pas disparu. Les services de renseignement évoquent une menace « constante » marquée par des attaques plus isolées, souvent à l’arme blanche, commises par des individus jeunes et radicalisés sur internet.

« Le risque s’est transformé mais n’a pas diminué », souligne un haut gradé de la DGSI.

Pour Frédéric Encel, géopolitologue et enseignant à Sciences Po, « la menace du terrorisme s’est doublée de celle venant de la Russie ». Les deux, explique-t-il, sont de nature différente : « La Russie évoque une guerre d’État à État, tandis que le terrorisme islamiste reste vécu comme une menace du quotidien. »

Un traumatisme encore vivant

Les attentats de 2015 ont profondément marqué la société française.

Selon Eric Bui, psychiatre et professeur à l’Université de Caen-Normandie, « certains troubles de stress post-traumatique persistent encore aujourd’hui ».

Le spécialiste explique que l’exposition continue à des images de guerre ou de violence, notamment sur les réseaux sociaux, ravive les mécanismes de peur.

« L’esprit ne distingue pas une menace réelle d’une menace perçue. Il réagit de la même manière », précise-t-il.

Des peurs différentes, mais un même sentiment d’insécurité

Les Français d’aujourd’hui ne vivent plus dans la peur d’un attentat à chaque coin de rue, mais ils redoutent davantage un effondrement global, qu’il soit géopolitique, militaire ou social.

« Après 2015, on sortait moins, on consommait moins. Aujourd’hui, l’inquiétude est plus abstraite », observe Frédéric Encel.

L’expert rappelle aussi que le 13 novembre s’inscrit dans une longue série d’attentats : « Il y a eu la rue des Rosiers, le GIA algérien… Le Bataclan n’a pas créé la peur, il l’a réactivée. »

Une société en souffrance psychique

Eric Bui note que la société française souffre davantage qu’il y a quinze ans.

« Les crises successives terrorisme, pandémie, guerre ont fragilisé la santé mentale collective », explique-t-il.

Mais il salue les progrès accomplis depuis 2015 : création de structures dédiées au traumatisme psychique, meilleure reconnaissance du stress post-traumatique, et coopération accrue avec d’autres pays.

Il cite notamment un projet de collaboration entre psychiatres français et hôpitaux ukrainiens : « Nous voulons partager notre savoir-faire en psychotraumatisme, tout en apprenant à soigner dans un contexte de guerre. Une manière d’agir contre la peur. »

Paul Lamier Grandes Lignes

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