5 Fév 2026, jeu

Affaire Epstein : un vote massif qui dépasse Trump

Affaire Epstein un vote massif qui dépasse Trump

Sous pression, la Chambre et le Sénat votent la publication intégrale des archives Epstein un revers cinglant pour Donald Trump, contraint de s’aligner sur un mouvement qu’il tentait encore de bloquer.

Le Congrès force la transparence, malgré l’exécutif

Le Congrès américain a tranché sans ambiguïté. Mardi, la Chambre des représentants puis le Sénat ont adopté un texte exigeant du ministère de la Justice la publication de l’ensemble des documents liés à Jeffrey Epstein, le financier mort en détention en 2019 alors qu’il attendait son procès pour exploitation sexuelle de mineures.
Le score est écrasant : 427 voix pour, 1 contre et 5 abstentions à la Chambre, avant un vote unanime au Sénat.

Pour Donald Trump, revenu au pouvoir en janvier, c’est un sérieux accroc. Le président avait tenté, pendant des mois, de retarder voire d’empêcher ce vote, soucieux de reprendre le contrôle d’un dossier devenu explosif dans sa propre base.

Trump recule face à sa propre majorité

Durant sa campagne, Trump promettait de révéler « toute la vérité » sur Epstein et ses réseaux.
Mais une fois élu, il a cherché à éteindre l’incendie, provoquant la colère de son électorat le plus fidèle, notamment la mouvance MAGA et les sphères complotistes persuadées qu’Epstein incarnait les excès d’un “deep state” occulte.

Face à une fronde républicaine croissante, menée discrètement par plusieurs élus redoutant la réaction de leurs électeurs, Trump a fini par céder.
Dimanche soir, il change de ton :
« Nous n’avons rien à cacher », écrit-il sur Truth Social  un virage à 180 degrés.

Dès lors, il appelle les républicains à voter pour la publication des documents, promet même de signer la loi si elle arrive sur son bureau.
Trop tard : le Congrès voulait montrer qu’il peut imposer sa volonté au président.

La base MAGA impose son agenda au président

L’adoption express du texte a été facilitée par une procédure accélérée au Sénat. Les démocrates ont habilement piégé les élus républicains : s’opposer aurait signifié refuser la transparence sur un scandale symbolique pour leur électorat.

Dans l’univers MAGA comme dans les cercles QAnon, l’affaire Epstein n’est pas un dossier parmi d’autres : c’est un mythe fondateur, celui d’un réseau pédocriminel qui manipulerait les leviers de l’État.
Durant la campagne 2024, Trump avait laissé prospérer ces théories ; elles se retournent désormais contre lui.

Il tente aujourd’hui de convaincre que tout cela n’est qu’un « canular démocrate ».
Mais pour une partie de ses soutiens, son revirement est perçu comme une trahison.

Les survivantes face à l’indifférence politique

Devant le Capitole, mardi matin, une dizaine de victimes d’Epstein ont bravé le froid pour rappeler la réalité de leur combat.
Invitées par la républicaine Marjorie Taylor Greene désormais en rupture frontale avec Trump et par les députés Ro Khanna et Thomas Massie, elles ont brandi leurs photos d’adolescence, l’âge où elles ont été agressées.

L’une d’elles, Jena-Lisa Jones, a lancé un appel direct au président :
« S’il vous plaît, Donald Trump, arrêtez de politiser cette affaire. Montrez que quelqu’un d’autre que vous-même compte encore à vos yeux. »

Certaines ont même rappelé que Trump n’était pas soupçonné d’avoir participé aux crimes d’Epstein. La question n’est pas là.
Selon l’élu républicain Thomas Massie, le président cherche surtout à « protéger ses amis et ses donateurs ».

Les zones d’ombre autour des liens Trump–Epstein

Donald Trump assure qu’il « n’a rien à voir » avec Epstein.
« Je l’ai expulsé de mon club il y a longtemps parce qu’il était un pervers », répète-t-il.

Mais un e-mail rendu public par les démocrates accréditerait l’idée qu’il « savait à propos des filles ».

La publication des archives pourrait lever ou renforcer ces zones d’ombre.
D’où l’acharnement initial du président pour tenter de garder la main.

Le texte doit encore être formellement signé par Donald Trump, mais la bataille politique, elle, est déjà tranchée.Pour la première fois depuis son retour à la Maison-Blanche, Trump se heurte à une majorité républicaine qui ne s’aligne plus automatiquement.
L’affaire Epstein, devenue combustible politique, révèle surtout un président dépassé par les forces qu’il a contribué à légitimer.

Paul Lamier Grandes Lignes

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