Après plus d’un an de relations dégradées, N’Djamena et Paris ont officiellement enclenché une relance de leur partenariat. Le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno et son homologue français Emmanuel Macron ont acté, jeudi soir à Paris, la normalisation de leurs relations, marquant la fin d’une séquence diplomatique tendue ouverte à l’automne 2024.
Un cycle de tensions officiellement refermé
La rencontre intervient plus d’un an après la décision unilatérale de N’Djamena de mettre fin à l’accord de défense liant le Tchad à la France, en novembre 2024. Cette rupture avait symbolisé un refroidissement profond, dans un contexte régional marqué par la remise en cause des partenariats militaires avec Paris en Afrique sahélienne.
Dans un communiqué publié jeudi soir, Mahamat Idriss Déby Itno a insisté sur la nécessité de « préserver les acquis », de « tirer les enseignements du passé » et d’ouvrir une nouvelle phase de coopération « conforme aux attentes et aux intérêts » des deux peuples. L’Élysée a, de son côté, évoqué une « ambition commune de partenariat revitalisé ».
Du sécuritaire à l’économique : changement de cap assumé
Le cœur de ce rapprochement repose sur une redéfinition des priorités. Côté tchadien, la présidence met en avant la relance de la coopération économique, citant explicitement l’énergie, le numérique, l’agriculture, l’élevage, l’éducation et la culture.
Un cadrage que Paris assume pleinement. Selon l’Élysée, « le prisme n’est plus sécuritaire », mais orienté vers les investissements, les échanges économiques et les coopérations culturelles. Une inflexion qui s’inscrit dans la nouvelle doctrine française en Afrique, après le retrait progressif de ses forces militaires de plusieurs pays de la région.
Le dossier soudanais en toile de fond
Les deux chefs d’État ont également consacré une part importante de leurs échanges à la situation au Soudan, en guerre depuis avril 2023. Le conflit entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR) a causé des dizaines de milliers de morts et déplacé plus de 12 millions de personnes, dont près d’un million réfugiées au Tchad.
Paris et N’Djamena ont conjointement exhorté les belligérants à mettre en œuvre la trêve humanitaire proposée par le « Quad » (États-Unis, Égypte, Arabie saoudite, Émirats arabes unis), appelant à un environnement international favorable à une sortie de crise.
Une préoccupation sécuritaire toujours présente
Si la coopération militaire n’est plus mise en avant publiquement, la question sécuritaire reste sensible pour N’Djamena. Le Tchad partage plus de 1 300 kilomètres de frontière avec le Soudan et dénonce des atteintes répétées à son intégrité territoriale, après la mort de plusieurs soldats tchadiens lors d’incursions attribuées aux FSR fin 2025 et début 2026.
Dans ce contexte, le rapprochement avec Paris apparaît autant comme un signal politique que comme une tentative de stabilisation diplomatique, dans une région en proie à une recomposition rapide des alliances.
Une relation réajustée, sans retour en arrière
Ce réchauffement ne marque pas un retour au modèle ancien de dépendance sécuritaire. Il consacre plutôt une relation recalibrée, fondée sur des intérêts économiques, régionaux et diplomatiques convergents, dans un environnement africain où les marges de manœuvre des anciennes puissances coloniales se sont considérablement réduites.
Pour Paris comme pour N’Djamena, l’enjeu est désormais de transformer cette relance en partenariat durable, sans raviver les fractures politiques qui ont conduit à la rupture de 2024.
Paul Lamier Grandes Lignes











