4 Fév 2026, mer

Au Burkina Faso, le pouvoir militaire enterre définitivement les partis politiques

Au Burkina Faso, le pouvoir militaire enterre définitivement les partis politiques

En annonçant la dissolution prochaine des partis politiques, le régime militaire dirigé par Ibrahim Traoré franchit un nouveau seuil dans la refonte autoritaire du système politique burkinabè. Présentée comme une réforme de gouvernance, la mesure consacre surtout la disparition formelle du pluralisme dans un pays désormais assumé comme non démocratique.

Une décision préparée de longue date

Le gouvernement burkinabè a annoncé, jeudi 29 janvier, son intention de dissoudre l’ensemble des partis politiques. Un projet de loi sera transmis à l’Assemblée législative de transition « dans les meilleurs délais », selon le ministre de l’Administration territoriale, Émile Zerbo. Les formations concernées verront leurs biens transférés à l’État.

Officiellement, la décision repose sur un « diagnostic profond du système partisan », accusé d’avoir favorisé les divisions, affaibli la cohésion nationale et multiplié les dérives. Dans les faits, cette dissolution formalise une réalité déjà en vigueur : depuis le coup d’État de septembre 2022, les partis n’exerçaient plus aucune activité politique réelle.

La rupture définitive avec l’ordre démocratique

La suspension de la vie partisane avait suivi l’arrivée au pouvoir du capitaine Traoré, lui-même issu d’un second putsch en moins d’un an. Si, sous le régime précédent de Paul-Henri Sandaogo Damiba, les partis pouvaient encore exister de manière limitée, la junte actuelle a progressivement verrouillé l’espace politique.

En assumant désormais que le Burkina Faso « n’est pas une démocratie », le pouvoir militaire ne cherche plus à maintenir une façade institutionnelle. La dissolution des partis marque une rupture nette avec les normes constitutionnelles antérieures et consacre un modèle de gouvernance centré sur l’exécutif militaire et ses relais civils.

Une gouvernance refondée autour du pouvoir militaire

Le régime justifie cette décision par la nécessité de « renforcer la cohérence de l’action gouvernementale » et de repenser le mode de gouvernance politique. En mai dernier, une charte de transition a déjà permis à Ibrahim Traoré de prolonger son maintien au pouvoir pour cinq années supplémentaires.

Dans ce cadre, les partis politiques sont désormais perçus non comme des médiateurs démocratiques, mais comme des vecteurs d’instabilité. Leur suppression ouvre la voie à un système où la légitimité repose sur le discours souverainiste, la lutte sécuritaire et l’autorité militaire.

Un contexte sécuritaire et politique verrouillé

Cette annonce intervient dans un climat de répression accrue des voix dissidentes. Arrestations, restrictions des libertés publiques et contrôle de l’information accompagnent la consolidation du pouvoir. L’extradition récente de l’ancien dirigeant Damiba, accusé de complots, s’inscrit dans cette logique d’élimination des centres de contestation potentiels.

Sur le plan idéologique, la junte revendique une orientation anti-impérialiste et décoloniale, rompant avec les puissances occidentales, au premier rang desquelles la France. La dissolution des partis s’inscrit ainsi dans une recomposition plus large de l’État burkinabè, recentré sur un pouvoir vertical et militarisé.

Un précédent régional lourd de conséquences

Au-delà du Burkina Faso, cette décision confirme une tendance observée dans plusieurs États du Sahel dirigés par des juntes : la normalisation de régimes de transition prolongés, libérés de toute contrainte électorale. En supprimant les partis politiques, le pouvoir burkinabè institutionnalise une gouvernance sans concurrence, sans alternance et sans représentation organisée.

Reste à savoir si cette stabilité autoritaire, invoquée au nom de l’unité nationale, résistera aux pressions sociales, économiques et sécuritaires qui traversent le pays. Pour l’heure, le pluralisme politique burkinabè appartient désormais au passé.*

Max Betto Grandes Lignes

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