4 Fév 2026, mer

Au Cameroun : Issa Tchiroma Bakary revendique la victoire, Biya garde le silence

Au Cameroun Issa Tchiroma Bakary revendique la victoire, Biya garde le silence

À peine les urnes refermées, la tension politique monte d’un cran à Yaoundé. Quinze jours avant la proclamation officielle des résultats, Issa Tchiroma Bakary, 79 ans, ancien ministre passé à l’opposition, s’est autoproclamé vainqueur de la présidentielle face au président sortant Paul Biya, 92 ans, au pouvoir depuis plus de quatre décennies.

« Notre victoire est claire. Elle doit être respectée », a lancé le candidat du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), exhortant le régime à « accepter la vérité des urnes » ou à « plonger le pays dans un tourment ». Sur ses réseaux sociaux, il a promis la publication d’un rapport détaillé des résultats par région, affirmant disposer d’observateurs dans 90 % des bureaux de vote.

Un défi direct au pouvoir

Cette revendication intervient alors que la loi camerounaise interdit toute proclamation anticipée avant la décision du Conseil constitutionnel, attendue d’ici le 26 octobre. Le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a rappelé dimanche « la ligne rouge à ne pas franchir ».

Mais sur le terrain, le mot d’ordre de Tchiroma galvanise ses partisans. À Yaoundé, dans le quartier de la Briqueterie, des centaines de jeunes ont défilé en scandant : « Au revoir Paul Biya, Tchiroma arrive ! »

Une campagne inédite et imprévisible

Longtemps considéré comme un proche du président Biya, Issa Tchiroma a rompu avec le régime en juin pour se présenter comme le candidat du changement. Sa campagne, marquée par des meetings très suivis dans le Nord et à Maroua, a surpris par son intensité.

Selon le politologue Stéphane Akoa, « la campagne a été plus animée que d’ordinaire », signe d’un renouvellement de l’expression politique, même si le système Biya conserve encore une emprise considérable.

Un parfum de 2018

Cette proclamation anticipée rappelle celle de Maurice Kamto en 2018, qui s’était également déclaré vainqueur avant l’annonce officielle, avant d’être arrêté. Une issue que craignent déjà plusieurs observateurs, alors que la présence militaire s’est renforcée à Garoua, fief de Tchiroma.

Dans sa vidéo, le candidat du FSNC a parlé d’une « victoire écrasante », synonyme, selon lui, de « sanction du régime Biya » et de « plébiscite pour le changement ».

Mais à Yaoundé, le pouvoir garde le silence. Et pour l’heure, la bataille se joue autant dans les urnes que dans la rue et sur les réseaux sociaux, où chaque camp revendique déjà la victoire.

Paul Lamier Grandes Lignes

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