Passé des rayons d’un supermarché de Vega Baja aux scènes les plus suivies de la planète, Bad Bunny n’est plus seulement une superstar mondiale. Il est devenu, au fil des années, l’un des visages les plus audibles de la contestation latino face à la politique migratoire et aux ambiguïtés coloniales entre Washington et Porto Rico.
À l’affiche du « halftime show » du Super Bowl, le chanteur portoricain incarne bien plus qu’un moment de divertissement. Il porte, sous les projecteurs, la mémoire d’une île meurtrie et la colère d’une génération.
Porto Rico, point de bascule
En 2017, l’ouragan Maria plonge Porto Rico dans le noir. Coupures d’électricité, milliers de morts, gestion chaotique. À l’époque, le président américain minimise la catastrophe.
Bad Bunny répond en musique. El Apagón devient un cri politique. Il y évoque la négligence institutionnelle, la corruption locale, la gentrification galopante de San Juan. Sur scène, un t-shirt : « ¿Eres Twittero o Presidente? » pique directe à Trump.
Ce moment marque une transition. L’artiste pop devient acteur politique. Son succès mondial se lie définitivement au destin de son île.
Une ascension mondiale, enracinée
Né Benito Antonio Martínez Ocasio en 1994, il grandit dans une famille modeste. Chorale d’église, salsa familiale, rap sur SoundCloud.
Son premier tube, Soy Peor, en 2016, lance une carrière fulgurante. Quelques années plus tard, Un Verano Sin Ti explose tous les records premier album à dépasser 20 milliards d’écoutes sur Spotify.
Mais derrière les chiffres, une constante : Porto Rico.
Dans Lo Que le Pasó a Hawaii, il décrit son île comme un paradis menacé. Dans Debí Tirar Más Fotos, album sorti début 2025, il dénonce la transformation de quartiers populaires en résidences de luxe pour investisseurs américains.
Identité, langue, résistance
Bad Bunny refuse d’édulcorer son identité. Il chante majoritairement en espagnol, revendique la culture boricua et soutient ouvertement le Parti indépendantiste portoricain.
Lors du Saturday Night Live, il glisse une phrase lourde de sens :
« Si vous n’avez pas compris ce que je viens de dire, vous avez quatre mois pour apprendre. »
Un message clair à l’Amérique anglophone : la culture latino ne demandera plus la permission.
Le Super Bowl comme tribune
Le concert de mi-temps du Super Bowl est l’un des événements les plus regardés au monde. Pour Bad Bunny, c’est une tribune stratégique.
Ironie assumée : il boycotte une tournée américaine pour protéger son public latino face aux opérations de l’ICE, mais accepte cette scène mondiale. Non pour se fondre dans le système, mais pour parler au cœur même de celui-ci.
Aux Grammy Awards, quelques jours avant le show, il résume sa posture :
contre la haine, contre les expulsions, contre le mépris.
Pour les migrants, pour les rêveurs, pour l’amour.
Plus qu’un chanteur
Dans l’establishment conservateur, certains médias l’attaquent. Son engagement dérange.
Mais à Porto Rico, il est perçu comme un porte-voix. Ses concerts à San Juan ont généré des centaines de millions de dollars pour l’économie locale. Sa résidence « No Me Quiero Ir de Aquí » est un acte culturel autant qu’économique.
Max Betto Grandes Lignes













