18 Fév 2026, mer

Banque centrale européenne : le possible départ de Christine Lagarde ouvre une bataille feutrée

Banque centrale européenne le possible départ de Christine Lagarde ouvre une bataille feutrée

Un simple calendrier peut parfois devenir un enjeu stratégique. Selon le Financial Times, Christine Lagarde envisagerait de quitter ses fonctions à la tête de la Banque centrale européenne avant l’échéance officielle de son mandat, prévue le 31 octobre 2027.

Si aucune décision n’a été prise la BCE affirmant que sa présidente reste pleinement engagée dans l’exercice de ses responsabilités l’hypothèse d’un départ anticipé soulève déjà une question centrale : qui désignera son successeur ?

Une succession sous l’ombre du calendrier présidentiel français

Un départ avant 2027 permettrait à Emmanuel Macron de participer directement au choix du prochain président de la BCE, son mandat courant jusqu’au printemps de la même année.

La procédure européenne est codifiée : la nomination relève des chefs d’État et de gouvernement de la zone euro, après consultation du Parlement européen et du Conseil des gouverneurs. Mais dans les faits, les grandes capitales Berlin et Paris en tête jouent un rôle déterminant dans les arbitrages.

Dans un contexte où l’inflation post-Covid a reculé et où la normalisation monétaire est engagée, organiser une transition dans une période plus stable pourrait apparaître politiquement plus confortable qu’au cœur des tensions de 2022-2023.

Le facteur Banque de France

Le débat ne se limite pas à Francfort. En France, François Villeroy de Galhau a annoncé son départ anticipé de la Banque de France pour juin 2026, alors que son mandat devait courir jusqu’à fin 2027.

Ce calendrier resserré ouvre un double chantier institutionnel :

  • nomination d’un nouveau gouverneur français dès 2026 ;
  • possible redéfinition de l’équilibre français au sein du Conseil des gouverneurs de la BCE.

Le futur gouverneur de la Banque de France siègera en effet à Francfort et participera aux décisions sur les taux, la liquidité et la supervision bancaire. Autrement dit, la séquence actuelle pourrait renforcer l’influence française dans la prochaine architecture monétaire européenne.

Une séquence de nominations sensibles

Ces mouvements interviennent dans un contexte plus large de nominations stratégiques en France.

Le président a récemment désigné Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, décision assumée au titre de ses prérogatives constitutionnelles.

D’autres choix ont suscité débats et critiques, notamment au Conseil d’État et à la présidence de l’Arcom, confiée à Martin Ajdari.

Pour la majorité, ces décisions relèvent d’un exercice normal des pouvoirs exécutifs. Pour leurs détracteurs, elles témoigneraient d’une concentration accrue d’influence dans les sphères institutionnelles.

Un enjeu européen au-delà du cas français

La BCE n’est pas une institution nationale. Son indépendance est l’un des piliers de l’euro. Toute succession à sa tête doit donc préserver cet équilibre délicat entre souveraineté monétaire et stabilité politique.

Le départ anticipé de Christine Lagarde s’il devait se concrétiser serait interprété à travers deux prismes :

  1. Monétaire, dans un moment charnière pour la politique des taux.
  2. Politique, alors que l’Union européenne affronte tensions géopolitiques, rivalités économiques et recomposition stratégique.

La question dépasse donc Paris : elle concerne l’architecture de gouvernance de la zone euro pour la décennie à venir.

Pour l’heure, rien n’est acté. Christine Lagarde « n’a pris aucune décision », assure la BCE. Mais le simple fait que l’hypothèse circule révèle l’importance du moment.

Entre Francfort et Paris, entre mandat européen et calendrier présidentiel, la prochaine succession à la BCE pourrait devenir l’un des dossiers institutionnels majeurs de la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron.

Max Betto Grandes Lignes

La rédaction vous conseille