6 Mai 2026, mer

Burkina Faso : le pouvoir militaire veut rétablir la peine de mort

Burkina Faso le pouvoir militaire veut rétablir la peine de mort

Le Burkina Faso engage une nouvelle rupture. Le gouvernement militaire a annoncé le rétablissement de la peine de mort dans le futur code pénal, revenant ainsi sur son abolition en 2018. Une décision qui s’inscrit dans une transformation plus large du cadre politique, judiciaire et sociétal impulsée par la junte du capitaine Ibrahim Traoré.

Un retour assumé de la peine capitale

Selon les autorités, la peine de mort concernera plusieurs infractions jugées particulièrement graves, notamment la haute trahison, les actes de terrorisme et l’espionnage.

Le texte doit encore être validé par l’Assemblée législative de transition, mise en place par le régime militaire. Mais cette annonce marque déjà un changement profond dans l’orientation judiciaire du pays.

Le gouvernement présente cette réforme comme une réponse aux défis sécuritaires auxquels le Burkina Faso est confronté depuis plusieurs années, dans un contexte de violences jihadistes persistantes.

Une justice pensée comme outil de souveraineté

Depuis son arrivée au pouvoir, la junte multiplie les réformes présentées comme des mesures de “refondation nationale”. Le discours officiel insiste sur la nécessité d’une justice alignée sur les “aspirations profondes du peuple burkinabè”.

Cette logique s’inscrit dans une dynamique souverainiste plus large, portée par les autorités de Ouagadougou, qui dénoncent régulièrement l’influence des modèles occidentaux sur les institutions africaines.

Le rétablissement de la peine de mort apparaît ainsi autant comme une décision sécuritaire que comme un signal politique.

Un durcissement également sociétal

Le projet de code pénal prévoit aussi de renforcer la répression contre les pratiques homosexuelles. Les autorités annoncent des sanctions visant la “promotion” et les pratiques considérées comme contraires aux valeurs défendues par le régime.

Cette orientation prolonge une loi adoptée en 2025 prévoyant déjà des peines de prison pour les personnes reconnues coupables de pratiques homosexuelles.

À travers ces mesures, le pouvoir affirme défendre une vision conservatrice de la société, présentée comme compatible avec les “valeurs culturelles nationales”.

Une trajectoire politique de plus en plus affirmée

Le Burkina Faso poursuit ainsi son repositionnement politique et idéologique. Le pays a progressivement rompu avec plusieurs partenaires occidentaux tout en renforçant ses liens avec de nouveaux alliés, notamment la Russie et l’Iran.

Dans ce contexte, les réformes judiciaires et sociétales deviennent aussi des marqueurs d’autonomie politique face aux standards internationaux traditionnellement défendus par les puissances occidentales.

Un choix qui relance les débats sur les libertés

Cette réforme devrait susciter de nouvelles réactions des organisations internationales et des défenseurs des droits humains, alors que plusieurs ONG dénoncent déjà un rétrécissement de l’espace politique et médiatique dans le pays.

Paul Lamier Grandes Lignes

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