Face à l’effondrement des cours mondiaux du cacao et à une crise de trésorerie sans précédent, le Ghana engage un virage brutal. Deuxième producteur mondial derrière la Côte d’Ivoire, le pays a annoncé une baisse significative du prix payé aux planteurs, dans le cadre d’un plan d’urgence destiné à stabiliser un secteur vital pour son économie.
Un ajustement sous contrainte
Le gouvernement a fixé le nouveau prix à un peu plus de 41 000 cedis la tonne (environ 3 700 dollars), contre 58 000 cedis en octobre dernier. Une réduction de près de 30 %, qui reflète la chute spectaculaire des cours internationaux.
Après avoir culminé à 12 500 dollars la tonne en décembre 2024, le cacao s’échange aujourd’hui autour de 4 100 dollars. Une correction brutale qui rend le cacao ghanéen moins compétitif sur les marchés mondiaux.
Pour le ministre des Finances, Cassiel Ato Forson, cette décision vise à « refléter la réalité des cours mondiaux » et à permettre une injection immédiate de liquidités dans une filière asphyxiée.
Une production en deçà des engagements
La crise ne se limite pas aux prix. La production s’est révélée bien inférieure aux volumes contractualisés.
Pour la campagne 2023-2024, 786 000 tonnes étaient prévues. Seules 432 000 tonnes ont finalement été produites. Résultat : un déficit supérieur à un milliard de dollars, fragilisant l’Office ghanéen du cacao (Cocobod), déjà lourdement endetté.
Confronté à un manque de liquidités, l’organisme public peine à acheter les récoltes et à honorer les paiements dus aux planteurs.
Un secteur stratégique pour l’économie
Le cacao représente :
- la troisième source de devises du pays après l’or et le pétrole ;
- environ 10 % du PIB ;
- près d’un million d’emplois directs ou indirects.
Dans un pays de 33 millions d’habitants, la stabilité de cette filière conditionne une part significative de la cohésion économique et sociale.
Des réformes structurelles annoncées
Au-delà de la baisse du prix à la production, Accra prévoit plusieurs mesures :
- remboursement immédiat des arriérés dus aux producteurs ;
- projet de loi garantissant aux planteurs au moins 70 % du prix brut à l’exportation ;
- conversion de 5,8 milliards de cedis de dette en obligations à long terme ;
- émission d’obligations locales adossées aux recettes du cacao ;
- obligation, à partir de 2026-2027, de transformer localement au moins 50 % des fèves.
L’objectif affiché : renforcer la valeur ajoutée sur place et réduire la dépendance aux exportations de matières premières brutes.
Entre rigueur et espoir
Pour les coopératives agricoles, la baisse du prix est douloureuse mais jugée inévitable. Certains producteurs appellent à une gestion plus rigoureuse des revenus du secteur.
La stratégie gouvernementale combine ajustement budgétaire immédiat et transformation structurelle. Reste à savoir si la réforme du Cocobod et la montée en puissance de la transformation locale suffiront à rétablir durablement la confiance.
Le Ghana fait le pari d’une cure de réalisme pour préserver son industrie cacaoyère. En abaissant le prix à la production, le gouvernement cherche à restaurer l’équilibre financier d’un secteur fragilisé par la volatilité mondiale et les déséquilibres internes.
Max Betto Grandes Lignes











