Lecture 04 min. Publié le 14 novembre 2025
Le bureau parlementaire du budget doute de la capacité du gouvernement de Mark Carney à tenir son engagement de discipline financière, malgré des prévisions optimistes et des dépenses record dans les infrastructures et la défense.
Des objectifs budgétaires jugés irréalistes
Le Canada pourrait avoir du mal à tenir sa promesse de ramener son déficit à 1,5 % du PIB d’ici 2030.
Selon le dernier rapport du directeur parlementaire du budget (DPB), la probabilité d’atteindre cet objectif ne dépasserait pas 7,5 %.
Le gouvernement de Mark Carney, arrivé au pouvoir avec la promesse d’une gestion rigoureuse des finances publiques, fait ainsi face à ses premiers doutes sur la crédibilité de son cap budgétaire.
Présenté le 4 novembre, le budget 2025-2026 prévoit un déficit de 78,3 milliards de dollars canadiens, soit 2,5 % du PIB. Cette hausse est largement attribuée aux investissements massifs dans le logement, la défense et les infrastructures, trois priorités affichées du gouvernement.
Une « situation non viable » selon le DPB
Jason Jacques, directeur intérimaire du DPB, n’a pas mâché ses mots. Il juge la trajectoire actuelle « stupéfiante » et « non viable », estimant que le Canada n’a plus la marge de manœuvre nécessaire pour réduire les impôts ou accroître les dépenses sans creuser encore son endettement.
Le rapport prévient que le ratio dette/PIB du pays risque de ne pas diminuer avant 2055, voire de se dégrader si la conjoncture se détériore.
Il note également une différence marquée par rapport aux trois années précédentes, où le pays disposait encore d’une certaine flexibilité budgétaire face aux chocs économiques.
Des marchés confiants malgré les signaux d’alerte
Malgré ces avertissements, les marchés financiers n’ont pas réagi négativement.
Les obligations canadiennes ont même progressé après la publication du budget, signe que les investisseurs continuent de faire confiance à la stabilité économique du pays.
Les milieux d’affaires, eux, saluent les nouvelles déductions fiscales à l’investissement, censées stimuler la productivité et la compétitivité.
Le Fonds monétaire international (FMI) partage d’ailleurs cette analyse, estimant que le Canada conserve une marge budgétaire plus large que la plupart des pays du G7.
La défense du gouvernement Carney
Face à ces critiques, le ministère des Finances a défendu la solidité du plan gouvernemental.
Un porte-parole du ministre François-Philippe Champagne a reproché au DPB d’avoir une approche « trop étroite » et de négliger les effets à long terme du budget sur la croissance et les revenus.
Mark Carney, de son côté, a réaffirmé son objectif d’équilibrer les dépenses courantes et les recettes d’ici 2028-2029, tout en distinguant clairement les investissements en capital, considérés comme moteurs de développement futur.
Le DPB suggère néanmoins la création d’un organisme indépendant chargé de mieux définir ce qui relève de l’investissement ou de la dépense publique un débat qui devrait s’imposer au cœur de la politique budgétaire canadienne dans les prochaines années.
Adonis Kanga Grandes Lignes











