Déjà solidement implanté au Congo, Aliko Dangote explore désormais une nouvelle frontière stratégique : la potasse. En ligne de mire, la sécurisation des matières premières indispensables à son ambition de bâtir un géant africain des engrais.
Du ciment aux ressources minières
Aliko Dangote ne se contente plus de transformer. Après avoir ancré son groupe au Congo à travers une cimenterie à Pointe-Noire, le milliardaire nigérian s’intéresse désormais aux ressources du sous-sol congolais. Ces derniers mois, il a engagé des démarches directes auprès des autorités de Brazzaville pour accéder à des gisements de potasse, minerai central dans la fabrication des engrais.
Ce virage confirme une stratégie mûrement réfléchie : passer d’un modèle industriel classique à une intégration complète, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à la transformation finale.
La potasse, levier clé de l’agriculture africaine
Essentielle à la fertilité des sols, la potasse est devenue un enjeu stratégique mondial. L’Afrique, qui importe encore massivement ses engrais, reste particulièrement vulnérable aux chocs de prix et aux tensions géopolitiques.
Le Congo dispose de réserves significatives, notamment dans le sud du pays, dans la région du Kouilou. Longtemps sous-exploités, ces gisements attirent désormais l’attention d’acteurs capables d’investir sur le long terme. Pour Dangote, y accéder permettrait de sécuriser l’approvisionnement de ses complexes industriels, tout en réduisant la dépendance aux marchés internationaux.
Une intégration verticale assumée
Avec son usine d’engrais déjà opérationnelle au Nigeria, le groupe Dangote a franchi une étape décisive dans l’agro-industrie. Mais pour garantir la compétitivité et la stabilité de cette activité, le contrôle des intrants est devenu une priorité.
En misant sur la potasse congolaise, Dangote cherche à verrouiller une chaîne de valeur stratégique : extraction, transformation, distribution. Une approche qui lui permettrait d’amortir les fluctuations des marchés mondiaux et de renforcer son positionnement comme acteur industriel structurant à l’échelle du continent.
Des discussions au plus haut niveau de l’État
Au Congo, le secteur minier reste fortement encadré par l’État. Toute attribution de permis d’exploration ou d’exploitation implique des arbitrages politiques de haut niveau. Les échanges engagés par le groupe Dangote avec les autorités congolaises s’inscrivent donc dans un cadre diplomatique et économique sensible.
Pour Brazzaville, l’enjeu est double : attirer des investissements industriels crédibles tout en valorisant des ressources longtemps restées en marge du développement économique. Dans un contexte de fragilité budgétaire et de recherche de diversification économique, l’intérêt d’un acteur africain de premier plan est loin d’être négligeable.
Entre ambitions industrielles et contraintes structurelles
Si le projet venait à se concrétiser, il pourrait profondément transformer le paysage industriel congolais. Mais les défis restent nombreux : infrastructures de transport adaptées, coûts d’extraction, exigences environnementales et rentabilité à long terme.
À ce stade, aucune annonce officielle n’a été faite ni par le groupe Dangote ni par les autorités congolaises. Mais cette initiative confirme une tendance lourde : les grands groupes africains cherchent désormais à sécuriser localement les ressources stratégiques, dans une logique de souveraineté économique continentale.
En s’intéressant à la potasse congolaise, Aliko Dangote poursuit une vision claire : bâtir une industrie africaine intégrée, capable de nourrir le continent avec ses propres ressources. Reste à savoir si les équilibres politiques, économiques et environnementaux permettront à cette ambition de se matérialiser.
Paul Lamier Grandes Lignes











