5 Fév 2026, jeu

Comment la visite de Diomaye Faye à Paris redessine la relation Sénégal–France

Comment la visite de Diomaye Faye à Paris redessine la relation Sénégal–France

Entre mémoire coloniale, enjeux sécuritaires et défis économiques, le président sénégalais arrive à l’Élysée avec un agenda dense.

Un petit-déjeuner à l’Élysée, symbole d’un nouveau ton

Le mercredi 27 août, Bassirou Diomaye Faye a été reçu par Emmanuel Macron à l’Élysée pour un petit-déjeuner de travail. Le geste est hautement symbolique : au-delà des protocoles, les deux dirigeants ont affiché une volonté commune de « renforcer la relation bilatérale » dans des domaines stratégiques comme l’investissement, la défense et la sécurité.

Pour Paris, cette visite est l’occasion de repositionner le Sénégal comme un allié fiable après le départ progressif des forces françaises du Sahel. Pour Dakar, il s’agit d’obtenir un partenariat qui respecte davantage la souveraineté nationale.

Thiaroye, mémoire douloureuse et exigence de vérité

La question mémorielle s’est invitée à l’agenda. Fin 2024, Emmanuel Macron avait reconnu le « massacre de Thiaroye » (1ᵉʳ décembre 1944) où des tirailleurs africains furent exécutés par l’armée coloniale française. Bassirou Diomaye Faye a salué ce pas, mais son gouvernement réclame désormais la déclassification des archives et la reconnaissance du véritable nombre de victimes, estimé par certains historiens à près de 400.

Cette exigence illustre la volonté du Sénégal de construire un rapport avec la France basé sur la vérité historique et le respect mutuel.

Sécurité régionale : un dossier incontournable

Le Sahel reste le grand point d’inquiétude. L’insécurité jihadiste, qui a déjà fait des dizaines de milliers de morts au Mali, au Burkina Faso et au Niger, menace désormais les pays côtiers. Le Sénégal, encore épargné par les attaques directes, se positionne comme un acteur clé de la stabilité régionale.

Avec le retrait progressif des forces françaises d’Afrique de l’Ouest, Dakar pourrait devenir un pivot dans la coopération sécuritaire, mais à condition que cette coopération soit redéfinie : moins de dépendance, plus de partenariat équilibré.

L’économie sénégalaise entre croissance et dette abyssale

La visite intervient alors que le Sénégal traverse une crise budgétaire majeure. Malgré une croissance record de plus de 12 % au premier trimestre 2025, portée par les hydrocarbures, la dette publique explose : près de 119 % du PIB fin 2024.

Le gouvernement Sonko-Faye accuse l’ancienne administration d’avoir masqué des milliards de dettes. Le FMI, présent à Dakar en août, exige des clarifications et conditionne tout soutien financier à des réformes drastiques. Dans ce contexte, le discours de Faye devant le Medef à Roland-Garros vise à rassurer les investisseurs et à attirer de nouveaux capitaux pour relancer l’économie.

Dossiers sensibles : Eiffage et le Train Express

Au-delà des grands dossiers, un contentieux particulier pourrait peser sur les discussions : celui du Train express régional Dakar-Diamniadio. Le groupe français Eiffage réclame 150 millions d’euros d’arriérés. Ce litige illustre la fragilité des partenariats économiques, entre grands projets d’infrastructure et gestion contestée des finances publiques.

Au-delà des symboles, cette visite marque l’ouverture d’une nouvelle séquence entre Dakar et Paris. Entre mémoire coloniale, coopération sécuritaire et redressement économique, Bassirou Diomaye Faye joue une partie délicate : préserver la souveraineté sénégalaise tout en gardant la France comme partenaire stratégique. La manière dont il réussira cet équilibre déterminera non seulement l’avenir de la relation bilatérale, mais aussi la place du Sénégal dans le jeu géopolitique africain.

Paul Lamier Grandes Lignes

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