Deux ans après le coup d’État à Niamey, le bras de fer autour de l’uranium nigérien entre le pouvoir militaire et le groupe français Orano entre dans une nouvelle phase. Exproprié et engagé dans plusieurs procédures d’arbitrage, l’ex-Areva affirme désormais privilégier une solution négociée. Derrière l’affrontement juridique, c’est l’équilibre stratégique du Sahel et l’avenir énergétique français qui se jouent.
Un contentieux stratégique
Depuis la prise de pouvoir du régime militaire nigérien en juillet 2023, les relations avec la France se sont profondément dégradées. En juin dernier, les autorités de Niamey ont décrété la nationalisation de la Somaïr, filiale du groupe français Orano (ex-Areva), acteur majeur du cycle du combustible nucléaire.
L’uranium nigérien, exploité depuis les années 1970, représente un enjeu central :
• pour le Niger, ressource stratégique et symbole de souveraineté retrouvée ;
• pour la France, pilier historique de son approvisionnement nucléaire.
La pouvoir accuse l’ancienne puissance coloniale de déséquilibres contractuels hérités du passé. Orano estime, de son côté, avoir été dépossédé de ses actifs et de stocks d’uranium d’une valeur estimée à 300 millions d’euros.
Orano entre arbitrages et ouverture
Face à la nationalisation, Orano a engagé quatre procédures d’arbitrage international. L’une d’elles a déjà abouti à une décision favorable interdisant au gouvernement nigérien de disposer des stocks concernés.
Mais le ton évolue.
Le directeur général du groupe, Nicolas Maes, affirme désormais privilégier une « solution négociée ». Selon lui, un dialogue reste possible, même si les conditions d’un éventuel retour au Niger seraient profondément différentes.
Orano avance deux arguments :
1. La défense de ses droits contractuels, notamment sur les volumes produits après le coup d’État ;
2. La nécessité d’un savoir-faire technique, estimant que l’avenir des mines nécessite les compétences et les données du groupe français.
La junte durcit sa position
Le général Abdourahamane Tiani a récemment déclaré être prêt à restituer à la France la part correspondant aux stocks existants au moment du coup d’État environ une centaine de tonnes.
Mais il a précisé que tout uranium produit après juillet 2023 resterait propriété exclusive du Niger.
Une ligne rouge qui complique toute négociation.
Pour Niamey, il s’agit d’affirmer une souveraineté économique pleine et entière. Pour Paris, il s’agit d’éviter un précédent qui fragiliserait la présence française en Afrique et l’accès aux ressources stratégiques.
L’uranium, enjeu énergétique et géopolitique
Le Niger a longtemps figuré parmi les principaux fournisseurs d’uranium de la France. Même si la diversification des approvisionnements a réduit la dépendance directe, la symbolique demeure forte.
Au-delà du commerce, ce dossier cristallise :
• la rupture diplomatique entre Paris et Niamey ;
• la montée en puissance des juntes sahéliennes ;
• la redéfinition des partenariats miniers africains.
Depuis 2023, le Niger s’est rapproché d’autres partenaires, notamment la Russie et certains acteurs asiatiques, dans un contexte de recomposition des alliances régionales.
Un rapport de force déséquilibré
Orano reconnaît que les chances de revenir dans les mêmes conditions sont faibles. L’entreprise semble désormais chercher une sortie ordonnée plutôt qu’un retour à l’ancien modèle.
La junte, elle, capitalise politiquement sur la nationalisation, présentée comme un acte de souveraineté.
Le problème reste toutefois technique et économique :
• relancer durablement la production nécessite expertise et investissements ;
• isoler totalement Orano pourrait ralentir l’exploitation ;
• une rupture prolongée pourrait fragiliser l’attractivité minière du Niger.
Mais les positions restent éloignées.
Dans ce bras de fer, l’uranium n’est plus seulement une ressource.
Il est devenu un instrument de souveraineté, un levier diplomatique et un symbole des nouvelles fractures postcoloniales en Afrique.
Max Betto Grandes Lignes











