5 Fév 2026, jeu

Comment un scandale de corruption secoue le pouvoir Zelensky

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Lecture 06 min. Publié le 12 novembre 2025 

Une enquête anticorruption menée dans le plus grand secret vient de faire vaciller plusieurs piliers de l’État ukrainien. Des ministres poussés à la démission, un proche du président en fuite, et un réseau tentaculaire de détournements dans l’énergie : Kiev se retrouve face à une crise politique majeure alors que la guerre continue.

Un système occulte révélé par l’opération “Midas”

Pendant plus d’un an, les enquêteurs anticorruption ukrainiens ont patiemment collecté des milliers d’heures d’écoutes. Le résultat : la mise au jour d’un réseau structuré autour de contrats publics truqués, notamment au sein d’Energoatom, l’entreprise stratégique du nucléaire civil.

Les pots-de-vin prélevés, pouvant atteindre 15 % des marchés, étaient opérés via une mécanique de pression, de menaces et de circuits de blanchiment liés à l’ex-député pro-russe Andrii Derkach.

L’ampleur du système dévoilé laisse penser qu’une partie de la gestion de la société échappait de fait à l’État.

Un ami de Zelensky au cœur du scandale

Le nom qui embarrasse le plus le pouvoir est celui de Timour Minditch, homme d’affaires longtemps associé à Volodymyr Zelensky et gestionnaire de sa société de production après son élection.

Déjà mentionné lors de mobilisations citoyennes cet été, il a quitté le pays juste avant les perquisitions. Selon plusieurs députés d’opposition, il se trouverait aujourd’hui en Israël.

Les enquêteurs tentent désormais d’établir les liens entre Minditch et deux figures centrales du gouvernement, dont l’ancien ministre de l’Énergie et l’ex-ministre de la Défense.

Deux ministres démissionnent sous pression

Face à la tempête politique, le ministre de la Justice et ex-ministre de l’Énergie Guerman Galouchtchenko, ainsi que l’actuelle ministre de l’Énergie Svitlana Hryntchouk, ont présenté leur démission.

Leur départ intervient alors que les frappes russes ciblent de nouveau les infrastructures électriques, un contexte qui rend chaque vacance de poste particulièrement sensible.

Zelensky face à un test de crédibilité inédit

Si le président n’est pas cité dans l’enquête, jamais un scandale n’avait touché un cercle aussi proche de lui.

Plusieurs organisations anticorruption soulignent que le chef de l’État doit maintenant faire un choix : laisser travailler les magistrats sans interférence, ou risquer d’apparaître comme le protecteur de son entourage, au moment même où l’Ukraine mise sur la transparence pour maintenir l’aide internationale.

Sous loi martiale et sans perspective d’élections, les marges politiques sont, de surcroît, très réduites.

Un séisme politique en pleine guerre

Entre frappes sur le réseau électrique, crise budgétaire et besoin crucial de soutien occidental, Kiev se serait volontiers passé de cet épisode.

Mais l’affaire “Midas” rappelle une réalité structurelle : pour que l’État résiste à la pression extérieure, il doit aussi affronter ses propres failles internes.

Paul Lamier Grandes Lignes

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