À deux mois des élections du 12 avril, le paysage politique hongrois ressemble moins à une compétition qu’à une démonstration de force. Le parti au pouvoir, le Viktor Orbán et son appareil, le Fidesz, mobilisent l’ensemble des leviers institutionnels et médiatiques pour sécuriser un cinquième mandat consécutif.
Derrière la rhétorique de la « paix » et de la « stabilité », une mécanique bien rodée associe propagande, confusion des rôles entre État et parti, et utilisation massive de fonds publics.
Transformer une faille en arme politique
En 2022, au lendemain de l’invasion russe en Ukraine, une déclaration du candidat d’opposition Péter Márki-Zay sur une éventuelle assistance militaire dans le cadre de l’OTAN a suffi à déclencher une offensive politique. Le pouvoir s’est aussitôt posé en garant de la paix face à des adversaires accusés de vouloir entraîner le pays dans la guerre.
Quatre ans plus tard, la stratégie se répète. À l’automne, une prétendue fuite attribuée au parti Tisza de Péter Magyar évoque une hausse massive des impôts. L’information se révélera fausse. Mais le mal est fait : affiches, QR codes, sites dédiés, relais médiatiques… la rumeur devient campagne nationale.
Utiliser l’État comme caisse de résonance
La frontière entre communication gouvernementale et propagande partisane est devenue poreuse.
Le gouvernement lance une nouvelle « consultation nationale » contre une supposée augmentation des impôts. Des millions de formulaires sont envoyés aux foyers. Les réponses essentiellement issues de l’électorat fidèle sont ensuite brandies comme expression de la volonté populaire.
Coût estimé : plusieurs dizaines de millions d’euros d’argent public.
Selon différentes ONG hongroises, des centaines de millions d’euros en contrats publics de communication sont attribués à des entreprises proches du pouvoir. Les médias progouvernementaux bénéficieraient, depuis 2015, d’environ 1,1 milliard d’euros de financements indirects sous forme de publicité d’État.
Saturer l’espace médiatique
La domination visuelle et sonore est quasi totale.
Affiches omniprésentes, spots radio et télévision, tribunes hebdomadaires du Premier ministre sur la radio publique : le message est constant et centralisé. Les organisations satellites du pouvoir relaient systématiquement la ligne officielle.
Face à cela, l’opposition notamment le parti Tisza dispose de ressources bien moindres, principalement issues de dons privés. Les ONG anticorruption soulignent un écart massif de moyens entre le Fidesz et ses concurrents.
Lors des précédentes législatives, le parti au pouvoir occupait plus de 80 % des supports d’affichage dans l’espace public.
Confondre volontairement État et parti
L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) avait déjà relevé en 2022 un « chevauchement omniprésent » entre les messages du gouvernement et ceux du parti au pouvoir.
Depuis, la centralisation de la communication publique sous l’autorité du cabinet du Premier ministre a encore renforcé cette indistinction.
Aux yeux d’une partie de l’électorat, les politiques publiques, la protection des retraites ou la stabilité économique sont présentées non comme des choix institutionnels, mais comme des acquis personnels du Fidesz.
Un scrutin sous forte asymétrie
L’opposition dénonce une bataille inéquitable. Des décisions de justice défavorables à certaines campagnes gouvernementales ont parfois été ignorées. Les recours s’enchaînent, sans effet immédiat sur la dynamique électorale.
Dans ce contexte, affronter le Fidesz revient, selon des observateurs locaux, à commencer la course avec plusieurs longueurs de retard.
Un système consolidé
À l’approche des législatives, le pouvoir ne se contente plus de convaincre : il encadre, occupe, sature.
Officiellement, la Hongrie demeure un régime pluraliste. Dans les faits, la concentration des ressources, l’emprise médiatique et la confusion institutionnelle redéfinissent les règles du jeu.
Le scrutin du 12 avril dira si cette architecture politique continue de fonctionner aussi efficacement qu’en 2022.
Max Betto Grandes Lignes











