Lecture 04 min. Publié le 14 novembre 2025
Un vaste système de détournements au sein d’Energoatom, impliquant un proche du président et deux ministres, déclenche une tempête politique à Kiev. Dans une société épuisée par la guerre, les Ukrainiens exigent désormais des réponses claires du pouvoir.
Une affaire qui remonte jusqu’au sommet de l’État
L’annonce a fait l’effet d’un séisme à Kiev. Les enquêteurs anticorruption ont révélé l’existence d’un réseau ayant siphonné quelque 100 millions de dollars via l’entreprise publique Energoatom, pilier du nucléaire ukrainien. Deux ministres ont démissionné, mais c’est un autre nom qui concentre la colère : celui de Timour Mindich, homme d’affaires influent et ami de longue date de Volodymyr Zelensky.
Ce dernier, averti des perquisitions, a quitté le pays avant l’opération. Pour beaucoup, l’affaire touche désormais le cœur du pouvoir.
Un hiver sous tension et une opinion excédée
Les révélations interviennent alors que le pays se prépare à un hiver difficile, marqué par des coupures régulières d’électricité pour économiser les ressources menacées par les frappes russes. Sur les réseaux, les messages ironiques se multiplient : une torche allumée dans une pièce sombre, légendée « Merci Mindich et Zelensky ! », résume l’exaspération ambiante.
Derrière l’humour, une inquiétude profonde : l’affaire éclabousse des secteurs l’énergie et la défense jugés vitaux en temps de guerre.
Un choc diplomatique pour Kiev
À l’étranger aussi, la secousse est forte. En plein débat avec le FMI pour un nouveau programme d’aide, l’Ukraine doit convaincre ses partenaires qu’elle reste capable de protéger les fonds et de mener des réformes.
Le G7 a convoqué une réunion d’urgence. Le message est direct : le soutien continue, mais Kiev doit agir vite et fermement. « L’Ukraine doit prouver qu’elle sait réagir aux crises », souligne une source diplomatique.
La présidence sous pression
Volodymyr Zelensky a tenté de reprendre la main en appelant lui-même à la démission des deux ministres concernés. Il a annoncé des sanctions administratives et judiciaires, tout en affichant son soutien au NABU, l’agence anticorruption.
Mais la société civile exige davantage. À Kiev comme à Lviv, beaucoup demandent que l’ensemble des responsables impliqués y compris dans l’entourage du président soient écartés de leurs fonctions. « On ne veut pas de simples pions déplacés », martèle une experte anticorruption.
Le président fait face à une méfiance croissante. Dans un sondage de 2024, près de la moitié des Ukrainiens jugeaient déjà qu’il n’avait pas tenu ses promesses de transparence.
Des institutions qui résistent malgré tout
Paradoxalement, certains acteurs y voient un signe encourageant : le système anticorruption fonctionne. Les perquisitions, inculpations et fuites montrent que des contre-pouvoirs continuent d’opérer, malgré les pressions.
Des figures de la société civile encouragent Zelensky à saisir l’occasion pour renouveler son équipe et renforcer les garanties institutionnelles, plutôt que de gérer l’affaire à minima.
Entre colère et espoir fragile
Si l’affaire Energoatom déstabilise le pouvoir ukrainien, elle révèle aussi une société attachée à ses mécanismes de contrôle, même en pleine guerre. Mais l’avertissement est sévère : sans réaction à la hauteur, Kiev risque de perdre la confiance de ses partenaires et une partie de sa population.
En privé, certains lanceurs d’alerte disent redouter le pire : « Si le gouvernement ne répond pas fermement, on enverra au monde le signal que nous bâtissons une petite Russie, pas une démocratie. »
Paul Lamier Grandes Lignes











