Le Costa Rica a tranché sans détour. Dimanche, la candidate conservatrice Laura Fernandez a remporté l’élection présidentielle dès le premier tour, avec une avance confortable qui consacre la continuité du pouvoir et l’ancrage sécuritaire du pays.
À 39 ans, l’ancienne ministre et dauphine du président sortant Rodrigo Chaves a recueilli près de 49 % des suffrages selon les résultats partiels du Tribunal suprême électoral, franchissant nettement le seuil requis pour éviter un second tour. Son principal adversaire, l’économiste centriste Alvaro Ramos, a reconnu sa défaite après avoir obtenu environ 33 % des voix.
Une victoire nette, un message clair
La soirée électorale a rapidement pris des allures de plébiscite. À San José comme dans plusieurs grandes villes, les partisans de Laura Fernandez ont célébré une victoire perçue comme un mandat clair pour poursuivre la politique menée depuis quatre ans.
Lors d’un échange téléphonique avec Rodrigo Chaves, diffusé en direct à la télévision, la candidate s’est déjà présentée comme « présidente élue », revendiquant l’héritage du chef de l’État sortant, dont la popularité reste élevée malgré une situation sécuritaire dégradée.
Elle deviendra en mai la deuxième femme à diriger le Costa Rica, après Laura Chinchilla, élue en 2010 elle aussi dès le premier tour.
Sécurité avant tout
La campagne de Laura Fernandez s’est articulée autour d’un thème central : la lutte contre le narcotrafic et la criminalité organisée. Un choix payant dans un pays longtemps considéré comme l’un des plus sûrs d’Amérique centrale, mais désormais confronté à une explosion des violences.
Sous l’administration Chaves, le taux d’homicides a atteint un niveau record de 17 pour 100 000 habitants, une situation que les autorités imputent à la transformation du Costa Rica en plateforme logistique du trafic de cocaïne entre l’Amérique du Sud et les États-Unis.
La présidente élue promet une réponse « sans faiblesse » : durcissement des peines, état d’urgence dans certaines zones, réforme de la justice jugée trop laxiste, et construction d’une méga-prison inspirée du modèle salvadorien du président Nayib Bukele, l’un des premiers dirigeants à la féliciter publiquement.
Le spectre de l’autoritarisme
Cette orientation sécuritaire inquiète toutefois une partie de l’opposition et de la société civile. Plusieurs figures politiques redoutent une dérive autoritaire et une concentration excessive du pouvoir exécutif, sur fond de réformes institutionnelles annoncées.
L’ancien président Oscar Arias, prix Nobel de la paix, a mis en garde contre toute tentative de modification constitutionnelle. « La survie de la démocratie est en jeu », a-t-il déclaré, évoquant le risque de voir le président sortant conserver une influence décisive en coulisses, voire préparer un retour au pouvoir à terme.
Ces accusations ont été fermement rejetées par Laura Fernandez, qui a assuré que le Costa Rica ne basculerait ni dans « l’arbitraire » ni dans « l’autoritarisme ». « Personne ici ne veut d’une dictature, et je ne la permettrai jamais », a-t-elle déclaré devant ses partisans.
Un signal régional
Au-delà des frontières costariciennes, cette victoire confirme le renforcement de la droite en Amérique latine, après plusieurs succès électoraux récents et à la veille de scrutins majeurs au Brésil et en Colombie. Elle traduit aussi une évolution des priorités électorales, où la sécurité et l’ordre public pèsent désormais davantage que les débats idéologiques traditionnels.
Laura Fernandez prendra officiellement ses fonctions le 8 mai, avec un mandat clair mais scruté de près. Entre attentes sécuritaires, tensions institutionnelles et équilibres démocratiques, sa présidence s’ouvre sous le signe d’une promesse : rétablir l’autorité de l’État sans rompre avec les fondements démocratiques du pays.
Paul Lamier Grandes Lignes










