Le nouveau gouvernement formé autour du Premier ministre Robert Beugré Mambé ne relève pas d’un simple ajustement administratif. Derrière un remaniement d’apparence limitée, l’exécutif ivoirien a procédé à une recomposition stratégique, révélatrice d’un recentrage du pouvoir autour du cercle présidentiel et d’une préparation méthodique de l’après-Ouattara.
Un remaniement minimal, un message politique clair
En reconduisant Robert Beugré Mambé à la primature, le président Alassane Ouattara a fait le choix de la continuité. Le signal est limpide : stabilité institutionnelle, absence de rupture brutale, et maintien d’un équilibre politique maîtrisé à l’approche d’échéances sensibles.
Mais derrière cette façade de permanence, plusieurs ajustements ciblés redessinent en profondeur les rapports de force internes au sein du pouvoir exécutif.
Téné Birahima Ouattara, l’homme clé du dispositif
La principale évolution concerne la montée en puissance de Téné Birahima Ouattara, frère cadet du chef de l’État. Déjà détenteur de portefeuilles stratégiques, il s’impose désormais comme l’un des piliers centraux du régime.
Sa trajectoire traduit une confiance politique totale du président et une volonté assumée de s’appuyer sur un noyau dur, à la fois loyal, expérimenté et parfaitement intégré aux rouages de l’État. Dans les cercles du pouvoir, cette consolidation est interprétée comme une étape clé dans la sécurisation de l’appareil gouvernemental, mais aussi comme un signal envoyé aux différentes factions de la majorité.
Un gouvernement d’équilibres internes
Le gouvernement Mambé II reflète une logique d’arbitrage minutieux au sein du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix. Plusieurs figures connues de la majorité sont maintenues ou repositionnées, non pour impulser un changement de cap, mais pour préserver des équilibres internes parfois fragiles.
Les reconductions et nominations répondent à une double exigence : éviter toute fronde interne tout en garantissant une efficacité opérationnelle dans un contexte économique et social exigeant. Chaque portefeuille devient ainsi un instrument de régulation politique autant qu’un outil de gouvernance.
Préparer la succession sans la nommer
Sans jamais l’énoncer explicitement, ce remaniement s’inscrit dans une temporalité longue. À l’approche de la fin de règne d’Alassane Ouattara, la question de la succession reste officiellement ouverte, mais politiquement encadrée.
Le renforcement du cercle présidentiel, la promotion de figures éprouvées et l’absence de personnalités disruptives traduisent une stratégie claire : éviter toute transition brutale, contenir les ambitions concurrentes et assurer la continuité du système au-delà de l’actuel chef de l’État.
Un pouvoir qui se resserre
Plus qu’un gouvernement de réforme, Mambé II apparaît comme un gouvernement de verrouillage. Il ne cherche ni à redistribuer les cartes, ni à ouvrir de nouveaux fronts politiques, mais à consolider un édifice déjà en place, à un moment charnière de la vie politique ivoirienne.
Dans une région marquée par l’instabilité institutionnelle et les transitions chaotiques, Abidjan fait le pari inverse : celui d’un pouvoir resserré, discipliné et progressivement préparé à se transmettre sans rupture.
Paul Lamier Grandes Lignes











