À la fin du sommet de l’Union africaine, une phrase du président sud-africain a résonné comme un avertissement stratégique : l’Afrique doit éviter « une nouvelle forme de colonialisme ».
Sans nommer directement Washington, Cyril Ramaphosa répondait en creux aux propos tenus à Munich par Marco Rubio, qui a évoqué le déclin de l’Occident et défendu un repositionnement américain plus affirmé.
Au-delà des déclarations, c’est une bataille d’influence qui se dessine autour des ressources, du leadership mondial et de la place de l’Afrique dans la nouvelle géopolitique.
Le retour du langage impérial
Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, Marco Rubio a plaidé pour un « hémisphère occidental » renforcé sous leadership américain, critiquant les « soulèvements anticoloniaux » et les « révolutions communistes impies » qu’il associe au déclin occidental.
Ce discours n’est pas isolé. Il s’inscrit dans la vision stratégique de l’administration de Donald Trump, qui place la domination économique et technologique au cœur de son action extérieure.
Pour Ramaphosa, le risque est clair : que la compétition mondiale pour les minéraux critiques lithium, cobalt, terres rares transforme l’Afrique en simple réservoir de matières premières, comme au siècle passé.
“La roche, le sol et la poussière” : un symbole
En dénonçant l’exportation de « la roche, du sol et de la poussière », le président sud-africain pointe une réalité structurelle : la plupart des ressources africaines continuent d’être exportées sans transformation locale.
Le débat dépasse la rhétorique. Il touche à la souveraineté économique et à la capacité du continent à négocier dans un contexte où les grandes puissances sécurisent leurs chaînes d’approvisionnement stratégiques.
Ramaphosa rappelle que, sous la présidence sud-africaine du G20, des décisions ont été adoptées pour mieux valoriser les dotations minérales africaines. Il souhaite désormais porter ces conclusions devant l’Assemblée générale des United Nations.
Unité africaine : réalité ou ambition ?
Le président sud-africain insiste sur la nécessité de « parler d’une seule voix ».
Le constat implicite : l’Afrique pèse collectivement, mais reste fragmentée politiquement. Face aux États-Unis, à la Chine, à l’Union européenne ou à la Russie, l’absence de position commune affaiblit le pouvoir de négociation.
À Addis-Abeba, Ramaphosa affirme percevoir une prise de conscience nouvelle chez les dirigeants africains : « Notre unité est notre force ». Reste à savoir si cette dynamique survivra aux intérêts nationaux divergents.
Géopolitique et conflits persistants
L’appel à l’unité intervient dans un contexte continental fragile. Les conflits au Soudan, dans l’est de la RDC et au Soudan du Sud continuent de fragiliser l’architecture sécuritaire régionale.
Ramaphosa évoque des « feuilles de route » et des processus de dialogue, mais la réalité demeure incertaine. L’Afrique du Sud, récemment élue au Conseil de paix et de sécurité de l’UA, promet un engagement accru.
Dans cette équation, la stabilité régionale devient un facteur stratégique : un continent divisé ou instable négocie toujours en position de faiblesse.
Levier minéral et diplomatie prudente
Ramaphosa adopte un ton mesuré : il ne s’agit pas de confrontation, mais d’affirmation. « Utiliser notre effet de levier sans arrogance », dit-il.
Le message vise autant Washington que les autres partenaires. L’Afrique veut être un acteur, pas un terrain de compétition.
La question centrale est désormais la suivante : le continent parviendra-t-il à transformer sa richesse minérale en puissance politique et économique réelle ?
Entre le discours conquérant de Marco Rubio et l’appel à l’unité de Cyril Ramaphosa, deux visions du monde se font face.
D’un côté, une Amérique qui revendique un leadership occidental assumé.
De l’autre, une Afrique qui cherche à sortir du rôle historique de fournisseur brut.
Max Betto Grandes Lignes











