Découverts lors d’une perquisition avenue Foch à Paris, près de 4 500 courriels issus de la boîte Gmail de Jeffrey Epstein dorment dans les archives judiciaires françaises depuis 2019. Leur existence, révélée par Marianne et confirmée par plusieurs médias, relance une question centrale : que savait la justice française, et qu’a-t-elle fait de ces données ?
Une saisie dès 2019, au cœur du volet français
Les messages ont été collectés dans le cadre de l’enquête visant Jean-Luc Brunel, agent de mannequins soupçonné d’avoir servi d’intermédiaire pour recruter de jeunes femmes pour le financier américain.
Selon une demande d’entraide pénale internationale adressée en 2019 par le parquet de Paris aux autorités américaines, « le compte Gmail de Jeffrey Epstein a été analysé » et 4 500 e-mails ont été appréhendés, dont certains faisaient explicitement référence à Brunel, à des femmes ou à des rendez-vous.
Ce corpus aurait donc constitué une pièce majeure du dossier français, bien avant la vague de publications américaines liées aux “Epstein Files”.
Des données enterrées après la mort de Brunel ?
Mis en examen pour viols, Jean-Luc Brunel est décédé en détention en février 2022. Avec sa mort, l’action publique à son encontre s’est éteinte.
D’après les informations publiées, la boîte mail d’Epstein pourtant saisie et analysée n’a pas donné lieu à des développements judiciaires publics significatifs en France.
Une situation qui interroge :
– ces e-mails ont-ils été exploités en profondeur ?
– ont-ils permis d’identifier d’éventuelles infractions sur le territoire français ?
– des recoupements ont-ils été effectués avec les archives américaines ?
Les “Epstein Files” et la pression internationale
Aux États-Unis, la publication progressive des archives judiciaires imposée par une loi de transparence adoptée par le Congrès a remis l’affaire au centre du débat public.
Des millions de pages de documents, relevés de vols, carnets d’adresses et correspondances sont désormais versés au domaine public.
Pour la France, l’enjeu devient clair : comparer ces nouvelles révélations aux éléments déjà saisis à Paris.
Réactions politiques et ouverture d’enquêtes
Plusieurs noms français apparaissent dans les documents récemment diffusés. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a saisi la justice après la mention d’un diplomate, Fabrice Aidan, dans des échanges électroniques avec Epstein.
La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a appelé les potentielles victimes à se manifester et demandé que « toute la lumière soit faite ».
Ces prises de position traduisent une volonté affichée de coopération et de transparence, dans un dossier où les attentes de l’opinion publique sont immenses.
Un angle mort judiciaire ?
L’existence de ces 4 500 e-mails pose une question plus large : la France a-t-elle pleinement exploité les éléments en sa possession ?
Dans une affaire qualifiée d’« effroyable et tentaculaire », la gestion des données numériques est déterminante. Six ans après leur saisie, leur contenu détaillé reste confidentiel.
Le volet français de l’affaire Epstein ne se limite pas à la figure de Jean-Luc Brunel. Les courriels saisis en 2019 pourraient éclairer des pans entiers d’un réseau international encore partiellement opaque.
Max Betto Grandes Lignes











