5 Fév 2026, jeu

Dossiers Epstein : ce que révèlent (et ne révèlent pas) les millions de pages déclassifiées

Dossiers Epstein ce que révèlent (et ne révèlent pas) les millions de pages déclassifiées

La publication de millions de pages supplémentaires liées à l’affaire Jeffrey Epstein marque un moment charnière dans un dossier devenu l’un des plus sensibles de la justice américaine contemporaine. Présentée comme la dernière grande déclassification, cette vague de documents éclaire certaines zones d’ombre, tout en laissant subsister de nombreuses ambiguïtés.

Une déclassification d’ampleur inédite

Vendredi, le ministère américain de la Justice a rendu publics près de trois millions de pages de documents, accompagnées de 2 000 vidéos et d’environ 180 000 images, liées aux enquêtes sur Jeffrey Epstein et son réseau. Il s’agit du plus vaste ensemble jamais publié dans cette affaire, plusieurs années après la mort en détention du financier, condamné pour crimes sexuels.

Ces archives comprennent des échanges de courriels, des messages privés, des rapports internes d’enquête, des documents administratifs et de nombreuses coupures de presse. Le tout dessine un paysage documentaire massif, parfois redondant, souvent fragmentaire, et juridiquement délicat.

Une publication encadrée, sous pression politique

La divulgation de ces documents répond à une injonction du Congrès américain, votée en novembre dernier. Malgré des réticences initiales, Donald Trump a signé la loi, dans un contexte marqué par de fortes pressions politiques et médiatiques autour de l’affaire Epstein.

La date butoir fixée par le Congrès était le 19 décembre. La publication est finalement intervenue avec plusieurs semaines de retard, alimentant de nouvelles critiques, notamment de la part d’élus démocrates.

Le procureur général adjoint Todd Blanche a tenu à préciser que la Maison-Blanche n’avait joué aucun rôle dans le tri, l’expurgation ou la validation des documents. « Ils n’ont exercé aucune supervision et n’ont donné aucune instruction à ce département », a-t-il assuré.

Un tri assumé… et contesté

Selon Todd Blanche, les procureurs fédéraux avaient initialement identifié près de six millions de pages comme potentiellement concernées par la loi. Mais les autorités ont finalement opté pour une publication réduite de moitié, invoquant une logique de « sur-collecte » initiale.

Cette décision a immédiatement suscité des critiques au Congrès. Plusieurs parlementaires accusent le ministère de la Justice de ne pas avoir respecté l’esprit de la loi et réclament la publication de l’intégralité des documents identifiés.

Les autorités affirment avoir volontairement expurgé :

  • les données personnelles et médicales des victimes,
  • tout contenu relevant d’abus sexuels sur mineurs,
  • ainsi que des images liées à la violence ou à la mort.

Un rapport détaillant ces choix doit être transmis au Congrès, mais n’a pas encore été rendu public.

Des mentions nombreuses de Donald Trump, sans preuves nouvelles

Parmi les éléments les plus scrutés figure la présence d’au moins 4 500 documents mentionnant Donald Trump. L’un d’eux est un résumé interne établi par le FBI à partir de signalements émanant de particuliers, évoquant des accusations d’abus sexuels impliquant Epstein et Trump.

Ces allégations ne sont étayées par aucune preuve dans les documents publiés. Le ministère de la Justice souligne explicitement que certains fichiers peuvent contenir des informations fausses, incomplètes ou mensongères.

Donald Trump a une nouvelle fois nié toute implication illégale liée à Epstein. La Maison-Blanche rappelle également que de fausses accusations avaient déjà été transmises au FBI avant l’élection présidentielle de 2020.

Un éclairage supplémentaire sur les relations d’Epstein avec des figures influentes

Au-delà du cas Trump, les documents apportent des éléments nouveaux ou confirment des informations déjà connues sur les relations entretenues par Epstein avec plusieurs personnalités du monde économique et politique.

Les archives mentionnent notamment :

  • des notes privées rédigées par Epstein à propos de Bill Gates, contenant des accusations que l’entourage de Gates qualifie d’« absolument fausses » ;
  • un projet de visite sur l’île privée d’Epstein par Howard Lutnick en 2012, malgré des déclarations antérieures affirmant une rupture des liens dès 2005 ;
  • des échanges de courriels à tonalité familière avec Richard Branson ;
  • ainsi que des messages montrant Elon Musk et Epstein tentant, sans succès confirmé, de coordonner des rencontres entre 2012 et 2014.

Les documents dressent également une cartographie du cercle rapproché d’Epstein, incluant Ghislaine Maxwell, son avocat et son comptable, offrant une vision plus structurée de son réseau.

Une dernière publication… mais pas la fin des questions

Todd Blanche a indiqué que cette déclassification devrait constituer la dernière grande publication liée aux dossiers Epstein. Il a toutefois reconnu que ces documents risquaient de ne pas satisfaire l’attente du public, tant les zones d’ombre demeurent nombreuses.

Plus qu’un dénouement, cette publication massive agit comme un révélateur : celui d’un système où un homme condamné pour crimes sexuels a pu, pendant des années, conserver l’accès aux cercles les plus élevés du pouvoir.

Max Betto Grandes Lignes

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