La publication du plus vaste lot de documents jamais rendu public sur l’affaire Jeffrey Epstein remet sous les projecteurs plusieurs figures parmi les plus puissantes de la planète. Entrepreneurs de la tech, milliardaires, responsables politiques ou membres de familles royales : les archives dévoilées par le ministère américain de la Justice esquissent un réseau de relations dont l’ampleur continue d’interroger.
Trois millions de pages, des zones d’ombre persistantes
Vendredi, le ministère de la Justice des États-Unis a rendu publics près de trois millions de pages supplémentaires liées à l’enquête Epstein, accompagnées de milliers de vidéos et d’images. Ces documents, issus de différentes phases d’investigation, mêlent éléments factuels, échanges privés, articles de presse, notes internes et informations non corroborées collectées par les forces de l’ordre.
Ils n’apportent pas tous des preuves judiciaires nouvelles, mais ils éclairent les liens entretenus par Jeffrey Epstein avec des personnalités influentes, parfois longtemps après sa condamnation pour infractions sexuelles.
Donald Trump, un nom massivement cité mais sans preuve formelle

Les documents contiennent plus de 4 500 références à Donald Trump, principalement sous forme d’articles de presse, de courriels et de résumés compilés par le FBI. L’un de ces documents internes, rédigé à l’été dernier, rassemble des accusations publiques liant Epstein à Trump, sans qu’aucune preuve vérifiée ne soit jointe.
La Maison-Blanche a rappelé que ces fichiers peuvent contenir des éléments erronés ou falsifiés. Donald Trump a, à plusieurs reprises, nié toute implication dans les crimes d’Epstein.
Bill Gates, notes privées et ressentiment d’Epstein

Les archives révèlent l’existence de notes rédigées par Epstein en 2013 à propos de Bill Gates, dans lesquelles il avançait des accusations personnelles et sexuelles. Ces écrits sont apparus peu après l’échec de discussions financières entre Epstein, la fondation Gates et JPMorgan, une rupture qui aurait privé Epstein de revenus espérés.
Un porte-parole de Bill Gates a qualifié ces affirmations d’« absolument absurdes et totalement fausses ». Rien n’indique que ces messages aient été envoyés à Gates lui-même.
Howard Lutnick et une visite contestée

Howard Lutnick, aujourd’hui secrétaire au Commerce, affirmait avoir coupé tout lien avec Epstein dès 2005. Pourtant, des documents suggèrent qu’une visite sur l’île d’Epstein aurait été planifiée en décembre 2012, et possiblement réalisée.
Contacté, Lutnick a déclaré ne pas pouvoir commenter sans avoir pris connaissance des documents, niant toute proximité prolongée.
Richard Branson, une relation cordiale assumée

Des échanges de courriels révèlent une relation familière entre Epstein et Richard Branson, fondateur du groupe Virgin. Dans un message de 2013, Branson évoquait une rencontre cordiale, avec une remarque déplacée faisant référence à un « harem ».
Le groupe Virgin affirme que ces contacts furent rares, strictement professionnels et limités dans le temps. Branson a publiquement condamné les actes d’Epstein et soutient les démarches judiciaires des victimes.
Elon Musk, des échanges mais pas de visite

Entre 2012 et 2014, Elon Musk et Jeffrey Epstein ont échangé plusieurs messages, notamment pour envisager une rencontre en Floride ou dans les Caraïbes. Epstein a explicitement invité Musk sur son île privée.
Musk affirme avoir refusé à plusieurs reprises ces invitations et n’avoir jamais mis les pieds sur l’île. Il reconnaît toutefois que certains courriels peuvent prêter à interprétation, un risque qu’il dit avoir anticipé.
Steve Tisch, échanges explicites et regrets tardifs

Les documents font également apparaître Steve Tisch, copropriétaire des New York Giants et producteur de cinéma. Plusieurs échanges de 2013 montrent Epstein proposant des rencontres avec des femmes, décrites de manière crue.
Dans un communiqué, Steve Tisch a reconnu une brève relation par e-mails, affirmant ne jamais avoir accepté d’invitation ni visité l’île d’Epstein. Il a exprimé de profonds regrets quant à ces contacts.
Le prince Andrew, une proximité documentée

Les courriels publiés ajoutent de nouveaux détails à la relation étroite entre Epstein et le prince Andrew, déjà largement documentée. Des échanges montrent Epstein proposant au prince des rencontres avec de jeunes femmes, propositions accueillies favorablement à l’époque.
Ces révélations s’inscrivent dans la continuité des accusations portées par Virginia Giuffre, qui affirme avoir été victime de trafic sexuel impliquant le prince. Celui-ci a toujours nié les faits.
Sergey Brin, visites et témoignages concordants

Les archives confirment que Sergey Brin, cofondateur de Google, a visité l’île d’Epstein, dîné chez lui à New York et correspondu avec Ghislaine Maxwell. Plusieurs témoignages, dont celui d’un ancien capitaine de bateau, corroborent ces visites.
Une accusatrice d’Epstein affirme avoir rencontré Brin sur l’île. Ni lui ni son entourage n’ont répondu aux sollicitations.
Un système plus vaste que des individus
Ces révélations, souvent anciennes mais désormais réunies dans un même corpus, dessinent moins une série de culpabilités individuelles qu’un système de fréquentations, de silences et de complaisances, au sommet des élites économiques et politiques.
Si toutes les mentions ne constituent pas des preuves pénales, leur accumulation souligne l’ampleur d’un réseau qui a permis à Jeffrey Epstein d’opérer pendant des années, protégé par son statut, son argent et ses relations.
Une correspondance troublante impliquant la princesse Mette-Marit

Le nom de Mette-Marit, épouse du prince héritier Haakon et future reine de Norvège, apparaît à au moins un millier de reprises dans les documents récemment rendus publics, selon le quotidien norvégien Verdens Gang.
Des échanges datant de 2011 à 2014, révélés ce week-end par la presse norvégienne, témoignent d’un ton familier entre la princesse et Jeffrey Epstein. En 2012, alors que ce dernier évoque un séjour à Paris « en quête d’une épouse », Mette-Marit lui répond que la capitale française serait « propice à l’adultère », ajoutant que « les Scandinaves font de meilleures femmes ».
Face aux révélations, la princesse a reconnu une « erreur de jugement ». Dans une déclaration transmise par le Palais royal à l’AFP, elle affirme regretter « profondément avoir eu le moindre contact avec Epstein », qualifiant cet épisode d’« embarrassant ».
Le patron des JO de Los Angeles 2028 contraint de s’expliquer

Aux États-Unis, Casey Wasserman, président du comité d’organisation des Jeux olympiques de Los Angeles 2028, a présenté ses excuses après la diffusion d’échanges d’emails datant de 2003.
Les messages, au ton salace, montrent une correspondance entre Wasserman et Ghislaine Maxwell, aujourd’hui condamnée à vingt ans de prison pour avoir aidé Jeffrey Epstein à recruter des mineures.
Dans un communiqué transmis à l’AFP, Wasserman a exprimé ses regrets, rappelant que ces échanges remontaient à plus de vingt ans, « bien avant que les crimes horribles de Ghislaine Maxwell ne soient connus ».
En Slovaquie, une démission sur fond de promesses explicites

L’affaire a également des répercussions politiques en Slovaquie. Miroslav Lajčák, ancien ministre des Affaires étrangères et conseiller du Premier ministre, a présenté sa démission après la révélation d’échanges de SMS avec Jeffrey Epstein.
Selon des messages consultés par la BBC et datant de 2018, Epstein promettait à Lajčák de lui « fournir des femmes », dans une discussion au ton léger. Le Premier ministre Robert Fico a accepté cette démission, saluant toutefois un « grand diplomate » et regrettant la perte d’une « source précieuse d’expérience en politique étrangère ».
Peter Mandelson quitte le Labour après de nouvelles révélations

Au Royaume-Uni, Peter Mandelson, ancien ambassadeur britannique aux États-Unis et figure historique du Parti travailliste, a annoncé son départ du Labour après la publication de nouveaux éléments.
Des documents diffusés par la justice américaine indiquent qu’il aurait reçu à plusieurs reprises de l’argent de Jeffrey Epstein au début des années 2000. Mandelson conteste ces affirmations, évoquant dans une lettre adressée à la direction du parti des accusations qu’il juge « fausses » et nécessitant, selon lui, sa propre enquête.
Il apparaît également sur des photographies inédites, non datées, en tenue décontractée aux côtés d’une femme qu’il affirme ne pas être en mesure d’identifier ni de situer.
Mises à jour 02.02.2026
Max Betto Grandes Lignes
Dossiers Epstein : ce que révèlent (et ne révèlent pas) les millions de pages déclassifiées

Affaire Epstein : la justice américaine contrainte de dévoiler des millions de documents
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