19 Fév 2026, jeu

Dupixent, pilier fragile : pourquoi Sanofi redoute l’après-2031

Dupixent, pilier fragile pourquoi Sanofi redoute l’après-2031

À première vue, tout va bien chez Sanofi. Le laboratoire français affiche une rentabilité solide, un médicament vedette dominant son portefeuille et une présence mondiale renforcée. Pourtant, dans les coulisses du groupe, une date concentre toutes les inquiétudes : 2031.

Cette année-là expirera le brevet du Dupixent, traitement contre l’asthme et l’eczéma devenu le pilier économique du groupe. Une échéance que tiers du chiffre d’affaires annuel du laboratoire, soit une dépendance rarement observée à ce niveau dans l’industrie pharmaceutique.

Protégé par un brevet jusqu’en 2031, le traitement bénéficie aujourd’hui de marges élevées. Mais une fois cette protection levée, des versions génériques ou biosimilaires pourront entrer sur le marché, provoquant généralement une chute rapide des revenus.

Pour Sanofi, la question n’est donc pas de savoir si les recettes diminueront, mais par quoi elles seront remplacées.

Une recherche coûteuse… sans successeur évident

Depuis plusieurs années, la stratégie du groupe reposait sur un pari clair : abandonner les produits à faible valeur pour investir massivement dans l’innovation.

Chaque année, près de 8 milliards d’euros sont consacrés à la recherche et aux acquisitions. Pourtant, les résultats tardent à apparaître.

Plusieurs programmes en oncologie et en immunologie n’ont pas obtenu les homologations espérées. Résultat : aucun nouveau traitement ne semble capable, pour l’instant, de prendre le relais du Dupixent.

Cette absence de succession crédible a contribué au départ brutal du directeur général Paul Hudson, illustrant la pression extrême qui pèse sur la direction.

Une industrie devenue plus risquée que jamais

Le défi dépasse Sanofi. L’industrie pharmaceutique entre dans une phase de mutation accélérée.

Trois forces redessinent la compétition mondiale :
• L’intelligence artificielle, qui accélère la découverte de molécules et réduit les cycles de développement
• L’essor des traitements biologiques, plus complexes mais plus rentables
• La montée en puissance de la Chine, où des start-ups innovantes concurrencent désormais les grands laboratoires occidentaux

Face à cette course technologique, les grands groupes multiplient les rachats de jeunes sociétés prometteuses souvent à des prix jugés excessifs.

Un problème ancien pour Sanofi

La situation actuelle révèle aussi une fragilité structurelle. Depuis vingt ans, plusieurs dirigeants se sont succédé sans parvenir à transformer durablement la valorisation boursière du groupe.

Fait révélateur : l’action Sanofi évolue aujourd’hui à un niveau proche de celui du début des années 2000, alors que ses grands concurrents internationaux ont largement progressé sur la même période.

Cette stagnation nourrit un doute persistant chez les investisseurs : Sanofi sait-il encore produire le prochain médicament révolutionnaire ?

Un nouveau pari stratégique

L’arrivée annoncée de Belén Garijo à la direction marque une tentative de relance. Sa mission sera claire : éviter que 2031 ne devienne un choc industriel.

Car dans la pharmacie mondiale, une règle demeure immuable :
un blockbuster perdu sans remplaçant peut transformer un champion en acteur secondaire.

La « falaise de 2031 » résume le dilemme stratégique de Sanofi : une entreprise solide aujourd’hui, mais dont l’avenir dépend d’une innovation encore invisible.

Dans une industrie où des milliards sont investis sans garantie de succès, le véritable enjeu n’est pas seulement scientifique. Il est existentiel : trouver la prochaine découverte avant que le temps et les brevets ne rattrapent le groupe.

Max Betto Grandes Lignes

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