Acquitté après trois années de procédure, l’ancien conseiller spécial de Félix Tshisekedi demeure une référence dans l’appareil sécuritaire congolais. Son avenir dépend désormais d’un subtil équilibre entre mémoire, influence et volonté politique.
Un acquittement qui referme une affaire sensible
Le 21 août 2025, la Haute cour militaire congolaise a définitivement acquitté François Beya, ancien conseiller spécial en matière de sécurité du président Félix Tshisekedi. Jugé pour « complot contre la vie du chef de l’État » et « incitation de militaires à la désobéissance », il a été lavé de toutes les charges après trois ans d’un procès à huis clos marqué par des rebondissements et des tensions politiques.
Ce verdict contraste avec les accusations initiales, qui présentaient Beya comme l’architecte d’un projet de coup d’État. Les juges ont conclu que l’accusation reposait sur une « juxtaposition de faits isolés et sortis de leur contexte », infirmant ainsi les enregistrements et témoignages brandis par le parquet militaire.
Un homme au cœur du “sécurocratisme” congolais
Surnommé le « Fantomas » du renseignement, François Beya est un animal politique de la sécurité. Ancien cadre du régime de Mobutu, il a survécu aux transitions pour devenir un pilier sous Joseph Kabila, puis un acteur clé auprès de Tshisekedi dès 2019. Sa force réside dans sa mémoire sécuritaire et ses réseaux étendus, forgés au fil des crises dans l’Est du pays.
Pour les analystes, il « reste un homme important dans le dispositif sécurocrate congolais », notamment parce qu’il connaît mieux que quiconque la généalogie des rébellions dans le Kivu du CNDP au M23 actuel. Dans un contexte où les offensives rebelles appuyées par Kigali fragilisent Kinshasa, cette expertise conserve une valeur stratégique.
De la disgrâce à la réhabilitation
L’arrestation de Beya, en février 2022, avait fait l’effet d’un séisme : considéré jusque-là comme un maillon essentiel de la stabilité du régime, il fut accusé de complot, incarcéré à Makala puis placé sous contrôle judiciaire avant d’être évacué en France pour raisons médicales.
Ses avocats ont dénoncé une procédure politique destinée à l’écarter. L’opposant Claudel Lubaya a parlé de « mise en scène » visant à briser la carrière d’un homme jugé trop influent. Le verdict d’acquittement valide en partie cette lecture : loin d’un conspirateur, Beya apparaît désormais comme un bouc émissaire sacrifié sur l’autel des luttes internes au sommet du pouvoir.
Un retour au centre du jeu ?
La question qui se pose est celle de son avenir. Peut-il reprendre un rôle officiel aux côtés de Félix Tshisekedi ? Pour certains analystes, son acquittement prépare son retour : « Ce verdict lui redonne une forme de dignité, après des années de discrédit, et pourrait servir à rééquilibrer un appareil sécuritaire en recomposition permanente », explique un politologue congolais.
Certains y voient une manière pour le pouvoir de réintégrer un acteur expérimenté, alors que le président Tshisekedi peine à s’entourer de figures capables de durer, François Beya pourrait redevenir un atout. Sa connaissance des dossiers, sa longévité et son carnet d’adresses en font un acteur difficile à remplacer.
En toile de fond, l’affaire révèle les ambiguïtés du pouvoir congolais : entre volonté d’affirmer l’autorité présidentielle et nécessité de s’appuyer sur des figures expérimentées. L’acquittement de Beya pourrait être lu comme un geste d’apaisement interne, destiné à stabiliser le régime.
François Beya n’a pas seulement gagné un procès ; il a aussi récupéré une légitimité personnelle qui le replace dans les débats sécuritaires en RDC. Discret mais incontournable, il renaît presque de ses cendres. Pour Tshisekedi, son retour pourrait être une force, dans un pays où la sécurité reste le nerf de la politique.
Paul Lamier Grandes Lignes











