Réunis à Livingstone, en Zambie, les ministres de la Défense de la région des Grands Lacs ont tenté de remettre en mouvement un processus de paix enlisé dans l’est de la République démocratique du Congo. Derrière une réunion sans communiqué final, se dessine pourtant une architecture sécuritaire régionale appelée à devenir décisive dans la gestion du cessez-le-feu.
Une réunion discrète mais stratégique
Alors que les combats persistent malgré les accords diplomatiques successifs, la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) a convoqué, le 10 janvier 2026 à Livingstone, une réunion jugée « stratégique » par les participants.
Officiellement, il ne s’agissait pas d’un sommet politique majeur. Aucun communiqué final n’a été publié. Mais l’objectif réel était ailleurs : relancer les mécanismes techniques capables de transformer les engagements politiques en réalité militaire sur le terrain.
Car depuis Doha jusqu’à Washington, les signatures se multiplient sans produire l’effet attendu : faire taire les armes dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.
Le cœur des discussions : surveiller enfin le cessez-le-feu
Selon les informations issues des discussions, les États membres ont avancé sur les termes de référence du futur Mécanisme régional de surveillance et de vérification.
Ce dispositif doit devenir le pilier opérationnel du processus de paix.
Sa mission principale :
- contrôler l’application du cessez-le-feu ;
- enquêter sur les violations ;
- prévenir toute reprise des hostilités.
Fait notable : le mouvement AFC/M23, absent de la réunion, devra néanmoins examiner ces termes de référence, preuve que toute solution régionale reste dépendante de son implication directe.
Une force neutre en préparation
Parmi les décisions les plus sensibles figure l’approbation du principe d’un possible déploiement d’une force neutre à Uvira, au Sud-Kivu.
Cette force aurait pour objectif principal de vérifier le retrait effectif des positions militaires du M23.
Ce point révèle une évolution importante : la région ne cherche plus seulement à négocier, mais à vérifier physiquement les engagements militaires.
Autrement dit, la diplomatie entre dans une phase d’exécution.
Un commandement régional désormais identifié
Autre avancée majeure : la structuration du commandement du mécanisme conjoint de vérification élargi.
Les chefs d’État avaient déjà confié :
- à la Zambie le commandement,
- à l’Angola le commandement adjoint.
À Livingstone, la nomination officielle du général de brigade zambien Charles Simuyuni Nakeempa a été confirmée.
Il sera secondé par le colonel angolais Arlindo Sebastião Vandunem.
La cérémonie de prise de fonctions est attendue avant fin février, étape indispensable pour passer du cadre politique à l’action opérationnelle.
Une paix entravée par la méfiance régionale
Malgré ces avancées techniques, le principal obstacle reste politique.
La vice-présidente zambienne Mutale Nalumango a résumé l’enjeu devant les ministres de la Défense :
chaque État doit s’interroger sur sa propre responsabilité dans la stabilisation régionale.
Cette intervention souligne une réalité rarement dite publiquement : la crise sécuritaire dans l’est de la RDC dépasse largement le seul territoire congolais.
Elle implique rivalités régionales, intérêts sécuritaires divergents et luttes d’influence autour des ressources stratégiques.
Une guerre qui résiste aux accords
Depuis plus de trois décennies, l’est de la RDC demeure un espace de conflit chronique.
La situation s’est aggravée depuis 2021 avec la résurgence du M23, culminant en 2025 avec la prise de Goma, Bukavu puis Uvira malgré la signature d’un accord de paix RDC-Rwanda à Washington sous médiation américaine.
Ce paradoxe structure désormais la crise :
plus les accords diplomatiques se multiplient, moins la réalité militaire change rapidement.
Lecture géopolitique : la CIRGL devient l’acteur clé
Le sommet de Livingstone confirme une tendance majeure :
la résolution du conflit glisse progressivement des médiations internationales vers une gestion régionale africaine.
Les médiateurs occidentaux, les Nations unies et l’Union africaine semblent désormais miser sur la CIRGL comme structure centrale de suivi.
Si ce mécanisme fonctionne, il pourrait marquer un tournant : pour la première fois, la région contrôlerait elle-même l’application d’un cessez-le-feu.
Le sommet de Livingstone n’a produit ni déclaration spectaculaire ni accord historique.
Mais il a posé les bases d’un élément souvent absent des précédents processus : un outil concret de vérification.
Max Betto Grandes Lignes











