4 Fév 2026, mer

Expulsions massives : les profils au cœur de la stratégie de Trump

Expulsions massives les profils au cœur de la stratégie de Trump

Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a enclenché la plus vaste campagne d’expulsions jamais menée aux États-Unis. Derrière les chiffres spectaculaires et la rhétorique sécuritaire, une question demeure centrale : qui sont concrètement les personnes ciblées par cette politique migratoire durcie ?

L’administration Trump a fait de l’immigration l’un des piliers de son retour au pouvoir. Au cœur du dispositif, la police fédérale de l’immigration, l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), mobilisée à un niveau inédit.

Selon les données croisées de l’ICE et de la Customs and Border Protection (CBP), les arrestations mensuelles de personnes en situation irrégulière sont passées d’environ 15 000 en moyenne en 2024 à plus de 55 000 depuis le printemps 2025. Début 2026, certains mois ont frôlé les 70 000 interpellations, illustrant un changement de doctrine autant que de rythme.

Une population immigrée historiquement élevée

Le mot « immigré » recouvre une réalité bien plus large que celle des sans-papiers. Il désigne toute personne vivant aux États-Unis sans être citoyenne à la naissance : résidents permanents, réfugiés, demandeurs d’asile, travailleurs temporaires ou personnes en situation irrégulière.

En juin 2025, 51,9 millions d’immigrés vivaient aux États-Unis, soit 15,4 % de la population, un niveau inédit depuis 1910. Cette progression s’inscrit dans une dynamique longue, mais les profils ont profondément évolué : là où l’immigration était majoritairement européenne au début du XXᵉ siècle, elle est aujourd’hui dominée par l’Amérique latine et l’Asie.

Qui risque réellement l’expulsion ?

En droit, les expulsions visent les non-citoyens en infraction avec la législation migratoire : absence de visa valide, rejet définitif d’une demande d’asile, ou condamnation pénale. En pratique, le périmètre est bien plus large.

En 2023, environ 14 millions de personnes vivaient sans statut légal aux États-Unis. Parmi elles, près de 40 % bénéficiaient pourtant d’une protection temporaire contre l’expulsion (statut humanitaire, sursis administratif, programmes spécifiques), et beaucoup disposaient d’un permis de travail, selon le Pew Research Center.

La campagne actuelle remet en cause ces protections, en élargissant les critères d’arrestation et en accélérant les procédures, parfois sans condamnation judiciaire préalable.

Une immigration très majoritairement latino-américaine

La population la plus exposée reste originaire d’Amérique latine. Les Mexicains représentent à eux seuls 5,5 millions de personnes, soit environ 40 % des sans-papiers. À cela s’ajoutent 3,5 millions de ressortissants du Guatemala, du Salvador et du Honduras, régions marquées par l’instabilité politique et la violence.

Ces chiffres expliquent pourquoi les grandes métropoles du Sud et de l’Ouest, mais aussi les États sanctuaires du Nord, sont devenus les principaux théâtres des opérations de l’ICE.

Au-delà des chiffres, un choix politique

Si l’administration Trump justifie cette offensive par la sécurité nationale et le respect de la loi, les données montrent que la majorité des personnes visées ne sont pas des criminels violents, mais des travailleurs précaires, souvent installés depuis des années.

En redéfinissant la notion de priorité migratoire, la Maison-Blanche transforme l’expulsion en outil politique, destiné autant à marquer l’opinion qu’à redessiner durablement la place de l’immigration dans la société américaine.

Paul Lamier Grandes Lignes

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