5 Fév 2026, jeu

Extrême gauche ou gauche radicale ? Le nouveau statut administratif de LFI divise

Extrême gauche ou gauche radicale Le nouveau statut administratif de LFI divise

La décision du ministère de l’Intérieur de classer La France insoumise (LFI) dans la catégorie de l’« extrême gauche » pour les prochaines élections municipales a déclenché une vive controverse politique. Inédite pour le mouvement fondé en 2016, cette requalification administrative suscite indignation chez les Insoumis et relance le débat sensible sur les étiquettes politiques en France.

Une classification qui fait rupture

La circulaire publiée cette semaine par le ministère de l’Intérieur, relative à l’attribution des nuances politiques pour les élections municipales de mars, place désormais LFI dans le bloc « extrême gauche », aux côtés de formations comme Lutte ouvrière ou le Nouveau Parti anticapitaliste. Cette grille s’applique également aux élections métropolitaines de Lyon ainsi qu’aux scrutins d’arrondissements à Paris, Lyon et Marseille.

Jusqu’ici, La France insoumise était généralement classée à gauche, y compris par les autorités administratives. En 2024, le Conseil d’État avait d’ailleurs confirmé ce positionnement. Le Parti communiste français, pour sa part, demeure rangé dans la catégorie « gauche » au sens strict.

Colère et accusations de « trucage »

La réaction de LFI ne s’est pas fait attendre. Son fondateur, Jean-Luc Mélenchon, a dénoncé une manœuvre politique, parlant d’un « trucage » et d’une pratique digne d’une « république bananière ». Selon lui, le ministère « change arbitrairement les étiquettes » afin de peser sur la perception des électeurs.

Même tonalité du côté des cadres du mouvement. Le coordinateur national Manuel Bompard rappelle que LFI assume un programme de rupture, mais récuse toute assimilation à l’extrême gauche :

« Notre stratégie est d’arriver au pouvoir par les urnes pour appliquer un programme. L’extrême gauche, en France, ne se définit pas ainsi et ne cherche pas la conquête du pouvoir par les élections. »

Un recours devant le Conseil d’État est désormais à l’étude.

Le gouvernement assume

Face aux critiques, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez revendique pleinement cette décision. Il justifie le classement par « la réalité du comportement politique » de LFI, évoquant notamment un « refus de la discussion parlementaire », des appels répétés à la censure et une absence de participation aux réunions de travail avec le gouvernement.

« Pour chaque élection, le nuançage évolue en fonction de la vie politique », a-t-il affirmé, estimant que la posture de La France insoumise justifiait ce repositionnement administratif.

Une bataille sémantique aux enjeux électoraux

Au-delà du cas de LFI, cette polémique met en lumière l’importance stratégique des classifications politiques. Être rangé à l’« extrême » peut peser sur l’image d’un parti, son attractivité électorale et la lecture nationale des résultats. La question est d’autant plus sensible que d’autres formations, à commencer par le Rassemblement national, contestent régulièrement leur propre étiquetage.

À l’approche des municipales, la bataille autour des mots révèle ainsi une tension plus profonde : celle du contrôle du récit politique et de la frontière, toujours mouvante, entre gauche, radicalité et extrêmes. Pour La France insoumise, l’enjeu dépasse l’administration électorale : il touche à son identité même et à sa stratégie de conquête du pouvoir.

Max Betto Grandes Lignes

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