À Kinshasa, les déclarations de plusieurs responsables du parti présidentiel ont ravivé un débat sensible sur l’avenir institutionnel du pays. L’hypothèse d’une modification de la Constitution de 2006, qui pourrait permettre au président Félix Tshisekedi de briguer un nouveau mandat, suscite déjà tensions politiques et divisions au sein même de la majorité.
L’UDPS affiche clairement ses intentions
Le débat a été relancé publiquement par le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya.
Lors d’une réunion du parti présidentiel organisée à Limete, à Kinshasa, il a affirmé que la Constitution congolaise pourrait être modifiée.
« Soyez calmes, nous allons toucher à cette Constitution », a-t-il déclaré devant les cadres et militants du parti.
Cette prise de position intervient alors que la Constitution adoptée en 2006 a récemment célébré ses vingt ans. Le texte limite actuellement le chef de l’État à deux mandats présidentiels.
Or le second mandat du président Felix Tshisekedi doit théoriquement s’achever en 2028.
La perspective d’un troisième mandat évoquée
Certains responsables politiques proches du pouvoir vont plus loin.
Le ministre des Sports, Didier Budimbu, a déclaré lors d’un rassemblement politique que le pays pourrait « aller tout droit vers un troisième mandat ».
Dans la coalition gouvernementale, l’idée d’une révision constitutionnelle est également défendue par Andre Mbata, secrétaire permanent de l’Union sacrée de la nation.
Selon lui, la Constitution n’est pas intangible et pourrait être modifiée si la population en exprimait la volonté.
« Si le peuple décidait de la changer, que ferions-nous ? », a-t-il affirmé dans une interview récente.
Des divisions au sein de la majorité
Cette perspective ne fait toutefois pas l’unanimité dans le camp présidentiel.
Le deuxième vice-président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo, s’est publiquement prononcé contre toute modification de la Constitution.
Ses propos ont rapidement suscité des réactions au sein de la majorité. Plusieurs responsables politiques ont souligné qu’il s’exprimait à titre personnel et non au nom des institutions.
Une pétition visant à contester sa position aurait même été lancée par des élus proches de l’UDPS.
Le souvenir du « glissement » de 2016
Dans le débat politique congolais, la question d’une modification des règles institutionnelles reste particulièrement sensible.
Le terme de « glissement » rappelle la crise politique de 2016, lorsque le président Joseph Kabila avait prolongé son maintien au pouvoir de deux années, en raison du report de l’élection présidentielle.
Cette période avait provoqué de fortes tensions politiques et des manifestations dans plusieurs villes du pays.
Pour certains analystes, les discussions actuelles pourraient s’inscrire dans une logique similaire : laisser s’accumuler les difficultés institutionnelles afin de rouvrir ultérieurement le débat sur le calendrier électoral.
Une opposition vent debout
Les principaux leaders de l’opposition ont rapidement réagi aux déclarations des responsables de l’UDPS.
Jean-Marc Kabund a dénoncé un débat « moralement inacceptable » alors que le pays fait face à une guerre dans l’est du territoire.
De son côté, Martin Fayulu estime qu’une révision constitutionnelle serait « inopportune » dans le contexte actuel et appelle à concentrer les efforts sur les priorités sécuritaires et économiques.
Les proches de l’ancien président Joseph Kabila dénoncent pour leur part une initiative qu’ils jugent dangereuse pour la stabilité politique du pays.
Un débat politique appelé à s’intensifier
À trois ans de la prochaine présidentielle, la question de l’avenir institutionnel de la RDC s’annonce désormais comme l’un des sujets majeurs de la vie politique congolaise.
Le pouvoir insiste sur le fait qu’une éventuelle révision constitutionnelle relèverait d’un processus démocratique et souverain.
Mais pour ses opposants, l’enjeu dépasse la simple modification d’un texte juridique : il touche directement à l’équilibre des institutions et à l’alternance politique dans le pays.
Max Betto Grandes Lignes











