Crise du cacao: la Côte d’Ivoire réduit de près de 60% le prix d’achat aux producteurs
Le prix d’achat du cacao aux planteurs de Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, a été réduit mercredi par le gouvernement ivoirien de près de 60%, à 1.200 francs CFA le kilo (1.82 euros), pour tenter de répondre à la crise de mévente traversée par la filière.
Cette baisse drastique par rapport au prix record de 2.800 francs (4,26 euros) en vigueur, intervient dans un contexte de chute des cours mondiaux et d’une crise de surstockage.
Les prix du cacao en Côte d’Ivoire sont fixés par l’Etat deux fois dans l’année, pour la campagne principale qui s’ouvre en octobre et la campagne intermédiaire, habituellement en avril, mais avancée cette année d’un mois.
La filière du cacao ivoirien représente 14% du PIB du pays et fait vivre 5 millions de personnes.
« Le prix du cacao sur le marché international nous oblige à faire un réajustement », a déclaré Bruno Koné, le ministre de l’Agriculture au moment d’annoncer le prix.
Début octobre, juste avant la présidentielle qui a vu la réélection d’ Alassane Ouattara, les autorités avaient fixé à 2.800 francs le prix au kilo, un niveau jamais vu dans le pays, et accueilli avec joie par les planteurs.
Mais après que les cours mondiaux du cacao ont crevé les plafonds en 2024, une baisse s’était amorcée en 2025 et ils ont carrément dévissé cette année.
Le prix à la tonne sur le marché mondial s’élève actuellement à 2.900 dollars (soit 1.600 FCFA le kilo) contre plus de 11.000 dollars début 2024.
Le cacao ivoirien coûtait ainsi ces dernières semaines 75% plus cher que le cours mondial.
« Cette décision n’a pas du tout été prise de gaieté de coeur. Nous aurions tous souhaité un prix meilleur mais vous avez tous suivi l’évolution du prix international », a déclaré le ministre mercredi.
Dans ce contexte de décalage entre le prix fixé par l’Etat et les cours mondiaux, les exportateurs retardent leurs achats ou des acheteurs peu scrupuleux proposent aux producteurs des tarifs plus bas contre la garantie d’être payés immédiatement, selon plusieurs témoignages récoltés par l’AFP.
Les exportations se font donc au compte goutte et certains producteurs ne sont plus payés pour leur production depuis des mois, les plongeant dans une grave précarité.
En réaction, le Conseil Café Cacao – l’organisme étatique qui gère la filière – avait annoncé le 20 janvier racheter au prix de 2.800 francs CFA les dizaines de milliers de tonnes de cacao entassées dans toutes les coopératives du pays.