Dossier Epstein: des magistrats parisiens enquêtent sur d’éventuelles infractions liées à des Français
Après la publication de millions de documents liés au criminel sexuel américain Jeffrey Epstein, le parquet de Paris a annoncé la saisine de magistrats référents pour analyser d’éventuelles infractions liées à des Français et procéder « à une réanalyse intégrale du dossier d’instruction » de l’ex-agent de mannequins Jean-Luc Brunel, mort en détention en 2022.
Le parquet a précisé que les éléments recherchés pouvaient concerner « des infractions de diverses natures, notamment à caractère sexuel ou à caractère financier ».
Il a expliqué travailler à l’exploitation des documents nouvellement diffusés aux Etats-Unis, « en coordination avec le Parquet national financier et en lien avec la direction nationale de la police judiciaire (…) afin d’ouvrir des enquêtes » si des infractions étaient caractérisées.
Le PNF avait annoncé le 6 février avoir ouvert une enquête préliminaire pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée » visant l’ancien ministre de la Culture et désormais ex-président de l’Institut du monde arabe (IMA) Jack Lang et sa fille Caroline Lang, également cités dans ces « Epstein files ».
Le parquet de Paris a indiqué samedi avoir été saisi de son côté de trois nouvelles affaires qui ont trouvé écho dans la presse.
Une enquête vise notamment à éventuellement « étayer » un simple signalement adressé le 10 février par le ministère des Affaires étrangères concernant le diplomate Fabrice Aidan, cité dans les « Epstein files ».
Le parquet analyse également une plainte d’une Suédoise, reçue le 11 février, et déposée à l’encontre de Daniel Siad, un recruteur de mannequins aux liens étroits avec M. Epstein, lui reprochant « des faits de nature sexuelle qu’elle qualifie de viol et susceptibles d’avoir été commis en France en 1990 ».
– Un chef d’orchestre visé –
Le 12 février, enfin, le parquet de Paris a « reçu, sur dessaisissement du parquet de Thonon-les-Bains, une plainte déposée à l’encontre du chef d’orchestre Frédéric Chaslin ». « Cette procédure, portant sur des faits de harcèlement sexuel qui auraient été commis en 2016 », est en cours d’analyse, a-t-il souligné.
Le parquet de Paris va par ailleurs procéder « à une réanalyse intégrale du dossier d’instruction » dans lequel l’ex-agent de mannequins Jean-Luc Brunel, un proche de Jeffrey Epstein, avait été mis en examen, et qui avait été clôturé par un non-lieu en juillet 2023 à la suite du suicide en détention, en février 2022, de ce dernier.
« En effet, aucune autre personne n’avait été mise en examen dans ce dossier », a rappelé le parquet.
L’objectif est de « pouvoir en extraire toute pièce susceptible d’être utilement réexploitée dans un nouveau cadre d’enquête », a-t-il précisé.
Ce dernier avait été saisi à l’été 2019, par deux signalements de l’association Innocence en danger et un courrier de l’association Femme et libre évoquant des complicités françaises dans le dossier concernant Epstein aux Etats-Unis. Une plaignante avait reproché à M. Brunel de l’avoir violée dans les années 1980, lorsqu’elle était tout juste majeure et qu’elle travaillait en mannequinat.
Le parquet de Paris avait alors confié l’enquête à l’OCRVP (l’Office central pour la répression des violences aux personnes).
– Prostitution –
« Les enquêteurs ont synthétisé des auditions issues d’une procédure américaine en relevant que Jean-Luc Brunel était un ami proche de Jeffrey Epstein; qu’il offrait des emplois de mannequins à de jeunes filles pauvres; qu’il s’était livré à des actes sexuels avec des jeunes filles mineures aux Etats-Unis, dans les Iles Vierges américaines, à Paris et dans le sud de la France », note le parquet.
Répondant à un appel à témoins, plusieurs femmes avaient indiqué avoir participé à des soirées à Paris, au cours desquelles étaient consommées de fortes quantités d’alcool et de cocaïne, et où des jeunes filles avaient été mises en contact avec M. Brunel. Certaines avaient témoigné d’une atmosphère de prostitution et de drogues malsaines pour les mineurs, ainsi qu’un climat de violences sexuelles.
Dix femmes avaient mis en cause M. Brunel, décrivant pour plusieurs avoir été conduites à boire de l’alcool, avoir perdu leurs moyens voire tout à fait connaissance, et s’être vu imposer une pénétration sexuelle, alors qu’elles n’étaient pour certaines pas encore majeures, selon le ministère public.
« L’une a décrit Jean-Luc Brunel comme étant celui qui acheminait de nouvelles jeunes filles à Jeffrey Epstein, sous prétexte de shootings photo, depuis l’Europe de l’Est ou l’Amérique latine. D’autres ont indiqué avoir été contraintes à ces relations sexuelles, par leur jeune âge, l’emprise qu’avaient sur elles Jeffrey Epstein ou Jean-Luc Brunel », a ajouté le parquet.
« Enfin le parquet de Paris décide de prendre au sérieux cette enquête et d’en prendre surtout la pleine mesure. C’est un soulagement pour les victimes mais aussi une grande attente vis-à-vis de la justice française », a déclaré à l’AFP l’avocat d’Innocence en danger, Mathias Darmon.