17 Fév 2026, mar

Pérou : le Parlement débat de la destitution du président par intérim José Jeri

17 février 2026 à 20h13
Fil d'actualités Dépêche

Pérou : le Parlement débat de la destitution du président par intérim José Jeri

Grandes Lignes

Le Parlement péruvien a entamé mardi une session extraordinaire pour débattre d’une possible destitution du président par intérim José Jeri, septième chef d’Etat en dix ans, visé par deux enquêtes pour trafic d’influence présumé.

Cette procédure s’inscrit dans une série de crises institutionnelles depuis 2016 illustrant le rapport de force durable entre un Parlement unicaméral puissant et un exécutif affaibli, dans un contexte d’absence de consensus politique.

Les parlementaires ont déposé vendredi les 78 signatures requises pour convoquer la session en pleine pause parlementaire d’été. L’initiative intervient à quelques semaines des élections présidentielle et législatives du 12 avril.

La séance a débuté à 10H00 (15H00 GMT) et devrait durer plusieurs heures.

« Le nombre de parlementaires habilités est de 115 et la majorité requise est de 58 », a indiqué le président par intérim du Parlement, Fernando Rospigliosi, à l’ouverture.

Le Parlement devra réunir une majorité simple pour destituer José Jeri. En cas de vote favorable, il devra élire un nouveau président du Parlement, appelé à assumer automatiquement la présidence par intérim.

À l’extérieur du Parlement, un petit groupe de manifestants brandissait des pancartes en faveur de la destitution de José Jeri, l’accusant d’avoir transformé le palais présidentiel « en bordel ».

José Jeri, 39 ans, est visé par plusieurs demandes de destitution portées par la minorité de gauche et un bloc de partis de droite au Parlement, qui cherchent à le démettre pour « inconduite fonctionnelle » et « manque d’aptitude » à exercer ses fonctions, dans le sillage de deux enquêtes préliminaires ouvertes depuis janvier par le parquet.

L’une concerne son intervention présumée dans le recrutement de neuf femmes au sein de son gouvernement, l’autre porte sur les délits présumés de « trafic d’influence » et de « parrainage illégal d’intérêts », après une rencontre secrète avec un homme d’affaires chinois ayant des relations commerciales avec l’Etat.

– crise institutionnelle –

« Je n’ai commis aucun délit. J’ai toute la légitimité morale nécessaire pour exercer la présidence de la République », s’est-il défendu lors d’un entretien télévisé dimanche soir.

José Jeri présidait le Parlement jusqu’en octobre lorsqu’il a succédé à Dina Boluarte, destituée lors d’une procédure invoquant son incapacité à répondre à une vague de violences sans précédent liée au crime organisé.

« Un nouveau changement à la présidence, le quatrième au cours du cycle politique actuel, ne résoudra rien à la profonde crise institutionnelle que traverse le pays », estime auprès de l’AFP l’analyste Augusto Alvarez.

Selon lui, « il sera difficile de trouver au sein du Parlement actuel, marqué par des accusations de médiocrité et des soupçons persistants de corruption, un remplaçant disposant d’une réelle légitimité politique ».

La rapidité de la procédure de destitution est par ailleurs associée par certains observateurs au contexte électoral, marqué par un nombre record de plus de 30 candidats. « Les partis qui accélèrent la procédure pensent que cela pourrait les aider à obtenir davantage de voix lors du scrutin du 12 avril », estime M. Alvarez.

Dans ce contexte, le candidat de Renovación Popular, Rafael Lopez Aliaga, en tête des sondages, s’est montré particulièrement critique, appelant à la démission de José Jeri.

« Jeri est l’opérateur de dizaines de groupes chinois qui entrent massivement au palais présidentiel », a déclaré le candidat qui se dit proche de Donald Trump.

Après un début de mandat marqué par une popularité proche de 60% grâce à des initiatives contre le crime organisé, l’approbation de José Jeri est tombée à 37% en février.