Alors que le Hamas se dit prêt à libérer tous les otages israéliens, deux proches du président américain, Jared Kushner et Steve Witkoff, se rendent au Caire pour finaliser les modalités d’un accord historique. Mais sur le terrain, les bombardements israéliens se poursuivent, rendant toute mise en œuvre incertaine.
Une diplomatie de dernière minute
La Maison Blanche a confirmé samedi le déplacement de Jared Kushner, gendre et conseiller du président Donald Trump, accompagné de l’émissaire spécial Steve Witkoff, au Caire. Leur mission : finaliser les discussions sur la libération des otages détenus à Gaza, dans le cadre du plan de paix en 20 points présenté par Washington fin septembre.
L’Égypte, acteur-clé de la médiation régionale, a annoncé que des pourparlers indirects entre Israël et le Hamas débuteraient dès dimanche, sous la supervision de ses services de renseignement. Objectif : organiser les conditions sur le terrain pour un échange global entre otages israéliens et prisonniers palestiniens.
Donald Trump, qui pilote personnellement le dossier, a mis la pression : le Hamas a « jusqu’à dimanche » pour accepter l’accord, avertissant qu’il ne « tolérera aucun retard ».
Des négociations sous les bombes
Malgré les appels de Washington à un cessez-le-feu immédiat, les frappes israéliennes se sont intensifiées samedi.
Selon le directeur de l’hôpital al-Chifa à Gaza, au moins 31 personnes ont été tuées depuis l’aube, dont 26 à Gaza-ville, épicentre des opérations terrestres. L’armée israélienne maintient sa stratégie offensive, affirmant vouloir s’emparer du dernier bastion du Hamas, tout en contrôlant déjà 75 % du territoire.
« L’intensité des bombardements reste inchangée », a dénoncé Mohammed al-Moughayyir, de la Défense civile à Gaza.
Les appels au calme de Trump, soutenus par le Forum des familles d’otages en Israël, peinent à infléchir la ligne dure du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Ce dernier a confirmé son soutien de principe au plan américain, tout en réaffirmant que l’armée israélienne « restera sur le terrain autant que nécessaire ».
Un plan ambitieux mais semé d’obstacles
Le plan Trump pour Gaza prévoit une séquence diplomatique rapide :
- un cessez-le-feu immédiat,
- la libération de tous les otages dans les 72 heures,
- un retrait par étapes de l’armée israélienne,
- le désarmement du Hamas et l’exil de ses combattants,
- puis la mise en place d’une autorité de transition technocratique sous supervision internationale, présidée par Donald Trump lui-même.
Mais sur un point clé le désarmement, le Hamas reste silencieux.
Dans sa réponse écrite, le mouvement islamiste dit accepter la libération des otages et la remise des corps, mais insiste sur la « nécessité de négociations supplémentaires » et sur son souhait de participer à l’avenir politique de Gaza.
Entre guerre et diplomatie
Le mouvement a affirmé être prêt à remettre l’administration de la bande de Gaza à une autorité palestinienne indépendante, soutenue par un consensus national et un appui arabe.
Une position que les États-Unis jugent « constructive », mais qui reste incompatible avec les conditions fixées par Israël : aucun rôle pour le Hamas dans la gouvernance future du territoire.
Sur le terrain, les chiffres rappellent l’ampleur du drame :
- 1 219 morts côté israélien depuis l’attaque du 7 octobre 2023,
- 67 000 morts à Gaza selon le ministère de la Santé du Hamas, dont une majorité de civils.
« Ce plan peut être historique s’il met réellement fin à la guerre », confie Sami Adas, déplacé gazaoui interrogé par l’AFP. « Mais ici, chaque jour, on se demande juste si on sera encore en vie demain. »
En envoyant ses émissaires au Caire, Donald Trump joue l’une des cartes les plus audacieuses de son mandat : apparaître comme l’homme capable de mettre fin à un conflit qui défie depuis un an toutes les médiations.
Mais entre l’intransigeance israélienne, les ambiguïtés du Hamas et le chaos sur le terrain, le pari du président américain reste suspendu à un fil.
Paul Lamier Grandes Lignes (AFP)











