Le message est brutal, calculé et adressé autant à Washington qu’aux capitales européennes. Pour la première fois depuis plusieurs semaines de silence, le guide suprême iranien Ali Khamenei a averti que toute attaque américaine contre la République islamique déclencherait une « guerre régionale ». Une déclaration lourde de sens, alors que l’Iran sort affaibli d’un cycle de répression interne et d’un affrontement militaire limité avec Israël et les États-Unis.
Une mise en garde directe à Washington
S’exprimant dimanche à Téhéran, Ali Khamenei a accusé les États-Unis de nourrir une stratégie de déstabilisation, qualifiant les manifestations récentes de « tentative de coup d’État ». Selon lui, une intervention militaire occidentale ne resterait pas circonscrite au territoire iranien.
« Si les Américains déclenchent une guerre, cette fois-ci ce sera une guerre régionale », a-t-il martelé.
Cette sortie intervient dans un contexte de fortes tensions. En juin dernier, une guerre éclair de douze jours, déclenchée par Israël, avait conduit les États-Unis à mener des frappes limitées contre des cibles iraniennes. Depuis, la Maison-Blanche entretient une ambiguïté stratégique, alternant menaces militaires et signaux diplomatiques.
Iran : comment les gardiens de la révolution ont façonné un État parallèle
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Pression européenne et escalade symbolique
La rhétorique iranienne s’est durcie après la décision de l’Union européenne d’inscrire les Gardiens de la Révolution sur la liste des organisations terroristes. Une décision que Téhéran considère comme un alignement pur et simple sur Washington.
En riposte, le Parlement iranien a voté une résolution qualifiant les armées européennes de « groupes terroristes ». Une mesure à forte portée symbolique, illustrée par une mise en scène soigneusement orchestrée : les députés, vêtus de l’uniforme des Gardiens de la Révolution, ont scandé des slogans hostiles à l’Occident dans l’hémicycle.
« Mort à l’Amérique », « Mort à Israël », « Honte à l’Europe » : une rhétorique de confrontation assumée, en ce jour anniversaire du retour d’exil de l’ayatollah Khomeini en 1979.
Un régime sous tension intérieure
Derrière l’affrontement diplomatique, le pouvoir iranien reste fragilisé sur le plan interne. Les manifestations déclenchées par la hausse du coût de la vie ont rapidement évolué en contestation politique ouverte, avant d’être étouffées début janvier par une répression massive.
Selon l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), plus de 6 700 personnes auraient été tuées, dont de nombreux enfants, avec des milliers d’autres décès encore en cours de vérification. Les autorités iraniennes reconnaissent un lourd bilan humain, mais imputent la majorité des morts à des « groupes terroristes » et à des violences ciblant les forces de sécurité.
Pour Ali Khamenei, la séquence est claire : il ne s’agissait pas d’un mouvement social, mais d’une tentative de renversement du régime. « Ils ont attaqué la police, les casernes, les banques et les mosquées. C’était un véritable coup d’État, et il a échoué », a-t-il affirmé.
Entre dissuasion militaire et diplomatie contrainte
Sur le terrain militaire, les signaux d’alerte se multiplient. Les États-Unis ont renforcé leur présence navale dans le Golfe, avec le déploiement du porte-avions Abraham Lincoln et de plusieurs bâtiments de guerre. De leur côté, les forces iraniennes affirment être en « état d’alerte maximale ».
Pourtant, en coulisses, la voie diplomatique n’est pas totalement refermée. Le président iranien Massoud Pezeshkian a récemment déclaré qu’une guerre ne servirait ni les intérêts de Téhéran ni ceux de Washington, évoquant même des « progrès » dans d’éventuels échanges avec les États-Unis.
Même tonalité prudente du côté américain. Donald Trump a reconnu l’existence de discussions indirectes, tout en pressant l’Iran de parvenir à un accord sur le nucléaire. Une exigence que Téhéran continue de rejeter, niant toute ambition militaire atomique.
Dans la presse ultraconservatrice iranienne, le ton est sans nuance. « L’Asie de l’Ouest est la patrie de l’Iran et le cimetière de l’Amérique », titre le quotidien Kayhan. L’agence Mehr va jusqu’à évoquer la préparation de milliers de tombes à Téhéran en cas d’affrontement avec les forces américaines.
Au-delà de la propagande, le climat reste électrique dans la population. À Téhéran, beaucoup redoutent une nouvelle escalade. « Je suis inquiète en permanence, je me réveille la nuit pour vérifier les informations », confie une habitante à l’AFP.
Affaibli par la guerre de 2025, contesté de l’intérieur, sous pression internationale, le régime iranien joue désormais une partie à haut risque : brandir la dissuasion régionale pour éviter l’intervention, tout en tentant de reprendre la main par la diplomatie. Reste à savoir si cette stratégie suffira à contenir une spirale de confrontation qui dépasse désormais largement les frontières iraniennes.
Max Betto Grandes Lignes











