29 Mar 2026, dim

La mort d’Aboubacar Sidiki révèle ces disparitions en prison qui troublent la Guinée

La mort d’Aboubacar Sidiki révèle ces disparitions en prison qui troublent la Guinée

Depuis 2021, plusieurs figures militaires et politiques majeures sont mortes en prison en Guinée. Une succession de disparitions qui soulève des questions sur la justice, les conditions de détention et l’équilibre du pouvoir.

Une série de décès qui trouble la scène guinéenne

La disparition d’Aboubacar Sidiki « Toumba » Diakité, le 25 mars 2026, a ravivé une inquiétude déjà latente. Depuis l’arrivée au pouvoir du général Mamadi Doumbouya en septembre 2021, plusieurs personnalités clés ont perdu la vie en détention, dans des circonstances souvent contestées.

En toile de fond, un même fil conducteur : des figures liées au dossier du massacre du 28 septembre 2009, longtemps symbole de l’impunité en Guinée, devenu depuis un test majeur pour la justice.

Toumba Diakité, un décès qui relance les soupçons

Ancien aide de camp de Moussa Dadis Camara, Aboubacar Sidiki Diakité purgeait une peine de dix ans pour crimes contre l’humanité. Figure centrale du procès du stade de Conakry, il incarnait un témoignage clé sur l’un des épisodes les plus sombres du pays.

Son état de santé s’était dégradé depuis plusieurs semaines. Victime d’un malaise en détention, il est transféré à l’hôpital militaire du Camp Samory Touré, où il décède des suites de complications abdominales graves.

Mais au-delà du diagnostic médical, les conditions de sa prise en charge, l’absence de transparence et les témoignages de ses avocats nourrissent les interrogations. Pour beaucoup, cette mort dépasse le simple cadre sanitaire.

Bilivogui, une disparition sans réponse

Le cas du colonel Célestin « Pépé » Bilivogui reste l’un des plus troublants. Enlevé en novembre 2023 dans un contexte de tensions sécuritaires, il disparaît pendant près d’un an.

Son corps est finalement présenté à sa famille en septembre 2024, sans qu’aucune explication officielle ne soit fournie sur les circonstances de sa détention ou de sa mort.

Cette absence de réponses alimente un sentiment d’opacité et renforce les critiques sur les pratiques sécuritaires du régime.

Pivi et Koulibaly, deux trajectoires brisées

Le colonel Claude « Coplan » Pivi, autre figure majeure du dossier du 28 septembre, meurt en janvier 2026 après une crise liée à son diabète. Officiellement, un problème médical. Mais ses proches pointent du doigt les conditions de détention et l’accès aux soins.

Quelques mois plus tôt, en juin 2024, le général Sadiba Koulibaly, ancien pilier du pouvoir militaire, décédait à son tour en détention, moins de trois semaines après son arrestation.

Le rapport officiel évoque un arrêt cardiaque lié à un stress intense. Ses avocats parlent, eux, de pressions psychologiques extrêmes et d’isolement prolongé.

Un même dossier, un même nœud politique

Ces décès ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans un contexte judiciaire et politique précis : celui du procès du massacre du 28 septembre 2009.

Longtemps attendu, ce procès avait été salué comme une avancée historique pour la justice en Afrique. Mais la disparition successive de plusieurs accusés ou témoins fragilise aujourd’hui sa portée.

Elle pose une question centrale : peut-on établir la vérité lorsque les acteurs disparaissent un à un ?

Une justice sous tension

Au-delà des cas individuels, c’est l’ensemble du système qui se retrouve interrogé. Conditions de détention, accès aux soins, respect des droits de la défense, indépendance judiciaire : autant de sujets désormais au cœur du débat.

Dans un climat politique marqué par des tensions internes et des accusations de dérive autoritaire, ces affaires alimentent une défiance croissante.

Une mémoire fragilisée, un pouvoir scruté

Ces morts en détention ne relèvent pas uniquement du judiciaire. Elles touchent à la mémoire nationale, à la capacité d’un État à rendre justice et à assumer son histoire.

Elles interrogent aussi la nature du pouvoir en place, sa gestion des dossiers sensibles et sa relation avec les institutions.

Dans une Guinée en transition, où les équilibres restent fragiles, ces disparitions successives pourraient peser durablement sur la crédibilité du processus judiciaire.

Max Betto Grandes Lignes

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