Contrecarrer Donald Trump, c’est souvent s’exposer à des représailles : un politicien rival risque une enquête, un média hostile un procès, une université progressiste la perte de subventions, un haut fonctionnaire intègre un licenciement sec, et un gouvernement étranger récalcitrant des sanctions commerciales. Les adversaires sont aussi promis à des insultes publiques destinées à humilier et dissuader.
Vladimir Poutine fait figure d’exception. Depuis l’affaire de l’ingérence russe dans la présidentielle de 2016, Trump a évité de s’en prendre directement au maître du Kremlin. Il a imputé la guerre en Ukraine à Joe Biden, coupable selon lui de faiblesse, et à Volodymyr Zelensky, accusé de l’avoir “déclenchée”. En février 2022, alors que la Russie envahissait l’Ukraine, Trump a salué le “savoir-faire” de Poutine.
Pendant des mois, il est resté étonnamment conciliant, se contentant d’un “Vladimir, STOP !” sur ses réseaux sociaux en avril. Quand les massacres ont continué, il a reconnu à demi-mot avoir été berné : “Peut-être qu’il ne veut pas arrêter la guerre… il me tape juste dessus.” Un mois plus tard, il jugeait Poutine “devenu absolument fou”. Mais le 8 juillet, malgré ce constat, il lui offrait un sommet aux États-Unis, encouragé par de vagues signaux d’ouverture.
Une fascination ancienne
Cette indulgence ne date pas d’hier. Trump a loué Poutine à la télévision dès 2007, l’a invité à un concours Miss Univers à Moscou en 2013, a cherché à construire une tour dans la capitale russe, et tenté à plusieurs reprises d’obtenir une rencontre. L’ingérence russe dans la présidentielle de 2016 piratage de mails démocrates, campagne de désinformation a nourri les soupçons de “collusion”, amplifiés par des rumeurs non vérifiées (comme la fameuse “cassette compromettante”), mais jamais prouvées.
Le rapport Mueller de 2019 a conclu que la Russie “avait travaillé à l’élection de Trump” et que la campagne Trump en avait bénéficié, mais sans établir de “conspiration” formelle. Ce document rappelle surtout la malveillance méthodique des Russes et le chaos organisé dans l’entourage de Trump.
Une vision du monde commune
Réduire l’attitude de Trump à une simple fascination personnelle pour Poutine serait une erreur. Les deux hommes partagent une conception du pouvoir profondément révisionniste. Depuis les années 1930, la diplomatie américaine défend le principe qu’aucun pays ne peut acquérir de territoire par la force. Trump a brisé ce tabou deux fois : en reconnaissant la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan, et celle du Maroc sur le Sahara occidental.
En Ukraine, il semble ouvert à une solution qui accorderait à la Russie une partie des territoires conquis, en contradiction avec la Charte de l’ONU.
C’est là que réside peut-être leur véritable collusion : non pas dans un complot secret ou un chantage, mais dans la conviction partagée que le monde ne se régit pas par des règles, mais par la loi du plus fort et la déférence envers les “grands hommes”.
Paul Lamier Grandes Lignes











