La dynamique euphorique née de la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine s’est brutalement inversée. Jeudi, le bitcoin est repassé sous la barre des 70 000 dollars, un niveau qu’il n’avait plus franchi à la baisse depuis novembre 2024, signe d’un net reflux de l’appétit pour les actifs numériques.
La principale cryptomonnaie a chuté jusqu’à 66 364 dollars en séance, avant de s’établir autour de 66 700 dollars en fin de journée européenne, en recul de plus de 8 %. Il s’agit de son plus bas niveau depuis la fin du mois d’octobre 2024, confirmant une correction désormais profonde après des mois d’exubérance.
Une vague de ventes généralisée
Pour les analystes, le mouvement dépasse largement le seul marché des cryptomonnaies. « Nous assistons à une véritable débâcle, avec des sorties de capitaux qui s’accélèrent », observent Chris Beauchamp et Axel Rudolph, stratégistes chez IG. Dans un climat marqué par une montée de l’aversion au risque, les investisseurs se délestent en priorité des actifs jugés volatils.
Le bitcoin n’échappe pas à cette logique. « Il est emporté par la vague de ventes sur les valeurs technologiques », soulignent Charlie Morris et Shehriyar Ali, analystes chez ByteTree. Par nature, l’actif reste étroitement corrélé à l’écosystème numérique et aux anticipations de croissance, ce qui le rend vulnérable lors des phases de repli des marchés.
L’ether, deuxième cryptomonnaie mondiale en capitalisation, a lui aussi décroché, perdant près de 8 % à environ 1 957 dollars, un niveau inédit depuis le printemps 2025.
L’effet Trump s’estompe
La correction marque un tournant après l’envolée spectaculaire observée à la suite de l’élection de Donald Trump. Le retour au pouvoir du républicain, qui s’était affiché comme un soutien assumé de l’industrie crypto, avait déclenché un afflux massif de capitaux vers le secteur.
Porté par cet enthousiasme, le bitcoin avait franchi pour la première fois le seuil des 100 000 dollars dès décembre 2024, avant d’atteindre un record historique à plus de 126 000 dollars à l’automne suivant. Une trajectoire désormais brutalement interrompue.
Incertitudes réglementaires persistantes
À cette défiance des marchés s’ajoute un facteur politique et réglementaire. Aux États-Unis, le projet de loi CLARITY Act, censé offrir un cadre juridique plus clair aux cryptomonnaies, reste enlisé au Sénat. « Les avancées espérées ne sont pas au rendez-vous », estime James Butterfill, analyste chez CoinShares, ce qui constitue un frein majeur pour les investisseurs institutionnels.
L’absence de visibilité sur la régulation américaine continue d’alimenter la volatilité du secteur, malgré les promesses initiales de l’exécutif.
Soupçons de conflits d’intérêts
Enfin, l’image du secteur est fragilisée par des révélations sur d’éventuels conflits d’intérêts impliquant l’entourage présidentiel. Selon le Wall Street Journal, un accord aurait été envisagé avant la seconde investiture de Donald Trump entre un membre de la famille dirigeante des Émirats arabes unis et World Liberty Financial, une société liée aux fils du président américain.
Ces informations, qui évoquent un investissement de plusieurs centaines de millions de dollars, nourrissent les interrogations sur les liens entre décisions politiques, intérêts privés et stratégie américaine dans les nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle.
Une correction qui pourrait durer
Après avoir incarné l’un des symboles de la spéculation post-électorale, le bitcoin semble désormais rattrapé par une réalité plus classique des marchés : resserrement des conditions financières, incertitudes politiques et arbitrages défavorables aux actifs risqués.
Max Betto Grandes Lignes











