16 Fév 2026, lun

Le Ghana veut faire reconnaître la traite négrière comme « crime le plus grave contre l’humanité »

Le Ghana veut faire reconnaître la traite négrière comme « crime le plus grave contre l’humanité »

À Addis-Abeba, au terme du sommet annuel de l’Union africaine, le président ghanéen a lancé une initiative à forte portée symbolique. John Mahama a annoncé que son pays déposera en mars une résolution à l’Assemblée générale des Nations unies afin que la traite transatlantique des esclaves africains soit formellement désignée comme « le plus grave crime contre l’humanité ».

Un geste diplomatique qui s’inscrit dans une stratégie plus large : replacer la mémoire de l’esclavage au cœur du débat international.

Une reconnaissance attendue

Devant les chefs d’État africains réunis à Addis-Abeba, John Mahama a insisté : il ne s’agit pas uniquement d’un texte symbolique, mais d’un pas vers une reconnaissance internationale claire et explicite.

Selon lui, la traite transatlantique constitue « la plus grande injustice de l’histoire moderne ». L’objectif immédiat est d’obtenir une déclaration officielle de l’ONU qualifiant ce système d’asservissement racialisé de crime d’une gravité exceptionnelle.

Accra affirme avoir mené des consultations diplomatiques en amont, notamment avec les États membres de la Caricom (Communauté caribéenne), eux aussi engagés dans des démarches liées à la mémoire et aux réparations.

Mémoire, histoire et diplomatie

Au Ghana, la mémoire de la traite négrière est inscrite dans le paysage. Le fort de Cape Coast, ancien comptoir colonial d’où furent déportés des milliers d’Africains, est classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979.

Cette initiative s’inscrit dans la continuité d’appels déjà formulés par l’ancien président Nana Akufo-Addo, qui plaidait pour une action collective en faveur de réparations liées à l’esclavage et à la colonisation.

Mais John Mahama a tenu à préciser que la démarche actuelle dépasse la question financière : « Il s’agit d’abord de rétablir la vérité historique », a-t-il déclaré.

Une bataille diplomatique en perspective

La résolution devra convaincre une majorité d’États membres à l’Assemblée générale. Si elle était adoptée, elle n’aurait pas de portée contraignante immédiate, mais constituerait un marqueur politique fort.

Elle renforcerait les revendications mémorielles et pourrait alimenter, à terme, des débats juridiques ou diplomatiques sur la responsabilité historique et les réparations.

Pour Accra, l’enjeu est clair : inscrire dans le langage officiel du système multilatéral une qualification qui, jusqu’ici, reste sujette à interprétation politique.

L’initiative du Ghana ouvre une nouvelle séquence dans la diplomatie mémorielle africaine. Plus qu’un vote, c’est une bataille narrative qui s’engage aux Nations unies.

Reconnaître formellement l’ampleur et la gravité de la traite transatlantique ne changera pas le passé. Mais pour ses promoteurs, cela pourrait transformer la manière dont il est officiellement nommé et assumé par la communauté internationale.

Paul Lamier Grandes Lignes

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