Depuis la disparition d’Ali Khamenei et le silence du nouveau Guide, Mohammad Bagher Ghalibaf s’impose comme la figure centrale du pouvoir iranien. Un profil hybride, entre appareil militaire et pouvoir politique, désormais au cœur de la gestion de crise.
Une ascension dans le vide du pouvoir
La guerre a brutalement rebattu les cartes au sommet de l’État iranien. La mort du Guide suprême Ali Khamenei et celle de figures clés de l’appareil sécuritaire ont ouvert une séquence d’incertitude. Dans cet espace, Mohammad Bagher Ghalibaf s’impose progressivement comme l’un des rares piliers encore debout. Président du Parlement, il apparaît aujourd’hui comme un point de convergence entre les différentes sphères du régime.
Un profil façonné par la guerre et les Gardiens
À 64 ans, Ghalibaf incarne une génération forgée dans la guerre Iran-Irak. Très tôt engagé dans les Gardiens de la révolution, il gravit rapidement les échelons jusqu’à devenir l’un des plus jeunes commandants. Cette trajectoire lui permet de nouer des liens durables avec les figures majeures du système, notamment au sein des pasdarans, dont il reste proche.
Après le conflit, il poursuit une carrière militaire avant de basculer vers des fonctions sécuritaires puis politiques. Cette double expérience constitue aujourd’hui l’un de ses principaux atouts.
Un homme du système, sans rupture
Ghalibaf n’est ni un réformateur ni un idéologue en rupture. Il appartient pleinement à l’architecture du régime, qu’il n’a jamais contestée. Son parcours est jalonné d’épisodes révélateurs, notamment lors des manifestations étudiantes ou des crises politiques internes, où il s’est positionné du côté de la fermeté.
Cette fidélité au système lui confère une crédibilité particulière auprès des cercles dirigeants, sans pour autant en faire un homme de transition évident.
Une trajectoire politique marquée par des ambitions contrariées
À plusieurs reprises, il a tenté d’accéder à la présidence, sans jamais parvenir à s’imposer. Ces échecs ne l’ont pas marginalisé. Au contraire, ils ont contribué à renforcer son rôle dans les structures intermédiaires du pouvoir, notamment à la mairie de Téhéran puis à la tête du Parlement.
Depuis 2020, il s’est installé durablement à ce poste, où il défend une ligne mêlant discipline politique et gestion économique, sans s’écarter de l’équilibre imposé par le sommet du régime.
Le centre de gravité d’un pouvoir fragmenté
Aujourd’hui, l’absence prolongée du nouveau Guide Mojtaba Khamenei, donné pour blessé et toujours invisible, accentue le poids de Ghalibaf. Il apparaît comme l’un des rares responsables capables d’assurer une forme de coordination entre les institutions civiles et militaires.
Dans un système où le pouvoir repose sur des équilibres internes complexes, cette position est déterminante. Elle ne fait pas de lui le chef incontesté du régime, mais un acteur incontournable de son fonctionnement.
Une parole offensive dans un contexte de guerre
Depuis le début du conflit, Ghalibaf multiplie les prises de parole. Il adopte un ton offensif, dénonçant les États-Unis et Israël, tout en cherchant à projeter une image de contrôle et de cohérence.
Ses déclarations visent autant l’extérieur que l’intérieur : maintenir la mobilisation nationale, éviter toute perception de désorganisation et affirmer la continuité du pouvoir malgré les pertes.
Un rôle charnière, mais encore incertain
L’influence de Ghalibaf repose sur un équilibre fragile. Elle dépend à la fois du soutien des Gardiens de la révolution, de l’évolution de la guerre et de la capacité du régime à stabiliser sa chaîne de commandement.
Il incarne aujourd’hui une forme de centralité, sans pour autant disposer d’une légitimité absolue pour diriger seul. Son rôle pourrait évoluer, soit vers une consolidation du pouvoir, soit vers un effacement progressif au profit d’autres figures.
Au-delà de son cas personnel, l’ascension de Ghalibaf éclaire une tendance plus large : le poids croissant des profils issus de l’appareil sécuritaire dans la gestion politique de l’Iran.
Dans un contexte de guerre et de pression extérieure, le régime semble se resserrer autour de figures capables d’articuler autorité militaire et gestion institutionnelle.
Max Betto Grandes Lignes











