Alors que Washington pousse un accord en 28 points et qu’un tête-à-tête avec Donald Trump pourrait avoir lieu cette semaine, Volodymyr Zelensky arrive affaibli comme jamais politiquement, militairement et personnellement.
Depuis le début de la guerre, jamais Volodymyr Zelensky n’avait affronté autant de vulnérabilités simultanées. Sur fond de scandale de corruption, d’impopularité croissante, de rapports tendus avec son armée et de pression directe de Washington, le président ukrainien se retrouve cerné. Le « deal » américain présenté dimanche à Genève, censé ouvrir la voie à un cessez-le-feu rapide, ressemble aujourd’hui moins à une proposition qu’à un ultimatum.
Corruption : un scandale qui affaiblit son autorité
Les fuites apparues le 10 novembre autour de l’enquête du Bureau national anticorruption ont porté un coup politique majeur au président. La perquisition menée près de la présidence a débouché sur la mise en cause de Timur Minditch, ancien partenaire de Zelensky à ses débuts dans le divertissement, soupçonné d’avoir orchestré un système de racket de près de 100 millions de dollars autour d’Energoatom.
Pour Thierry Breton, ancien commissaire européen interrogé sur LCI, le timing ne doit rien au hasard : cette affaire fragilise Zelensky au moment précis où Washington veut accélérer un accord de paix. Qu’elle soit téléguidée ou non, l’impact politique est évident : jamais la présidence n’avait semblé aussi exposée.
Une chute de popularité spectaculaire
Dans une Ukraine épuisée par trois années de guerre, le moral du pays s’est retourné.
En 2022, 73 % des Ukrainiens voulaient « combattre jusqu’à la victoire ».
À l’été 2025, ils n’étaient plus que 24 %.
Et 69 % souhaitent désormais des négociations rapides.
Autre signal inquiétant : seuls 32 % croient encore possible une adhésion à l’OTAN d’ici dix ans. Quant à Zelensky, son image s’est effondrée : de 67 % d’opinions favorables début 2025, il est tombé à 25 % de soutien selon un sondage d’octobre. Une chute vertigineuse qui change la donne face aux pressions étrangères.
Un rapport de force défavorable avec Trump
Pour Donald Trump, Zelensky reste un dirigeant « faible » qui aurait dû faire des concessions avant l’invasion russe. Depuis sa prise de fonctions, le président américain considère que Kiev a été mal conseillé et que la guerre aurait pu être évitée par « un meilleur deal ».
Les 28 points discutés à Genève reflètent cette vision :
organisation d’élections dans les 100 jours suivant un accord ;
concessions territoriales ;
réévaluation du commandement militaire ukrainien.
Dans l’entourage de Trump, certains entretiennent même une proximité assumée avec l’ex-chef d’état-major Valerii Zaloujny. La méfiance personnelle entre les deux hommes rend chaque négociation plus douloureuse.
Rupture avec une partie de son armée
Sur les lignes de front, le fossé entre le président et ses propres forces s’élargit. Les combats autour de Pokrovsk ont ravivé les critiques contre Oleksandr Syrsky, nommé en 2024, accusé de stratégies coûteuses en vies humaines. Le Kyiv Independent a résumé le sentiment dominant : « Zelensky peut sortir de la crise, mais pas sans changer sa manière de diriger. »
Au même moment, d’autres figures gagnent en popularité :
Kyrylo Boudanov, patron du renseignement, auréolé d’opérations spectaculaires en territoire russe ;
plusieurs commandants intermédiaires, devenus des héros pour les troupes.
Le contraste entre le front et la présidence n’a jamais été aussi marqué.
La lassitude politique : un phénomène classique en temps de guerre
L’histoire politique l’a montré : même les héros peuvent chuter après une guerre. Churchill en avait fait l’expérience en 1945. L’Ukraine n’échappe pas à ce schéma : malgré la loi martiale, le débat politique reste vif et la défiance s’amplifie.
Le limogeage des ministres de la Justice et de l’Énergie en pleine crise de corruption a renforcé le sentiment d’instabilité. L’opposition accuse le pouvoir de verrouiller le Parlement, tandis que les partenaires occidentaux voient leur patience s’amenuiser.
Le diagnostic de Politico est brutal :
« La présidence de Zelensky est désormais boiteuse. Le préjudice est probablement irréversible. »
Paul Lamier Grandes Lignes











