Les marchés réagissent sévèrement à la position d’Ousmane Sonko, qui exclut toute restructuration malgré la révélation d’une dette cachée estimée à 7 milliards de dollars. Le pays devient un test pour la capacité du FMI à gérer un tel scandale tout en préservant la stabilité d’une économie sous tension.
Les marchés sanctionnent le Sénégal
Les investisseurs ont brutalement réagi lundi aux déclarations du Premier ministre sénégalais. Les obligations en euros arrivant à échéance en 2028 ont perdu quatre centimes, tombant à 78 centimes par euro, avec un rendement supérieur à 16 %.
Les titres en dollars à échéance 2031 ont eux aussi reculé de plus de quatre centimes, chutant à 72 centimes par dollar.
Cette réaction traduit la méfiance des marchés après le refus catégorique de Dakar d’envisager une restructuration de sa dette publique, en dépit d’un endettement évalué à plus de 130 % du PIB.
Une dette cachée de 7 milliards sous l’ère Macky Sall
Le scandale des prêts dissimulés contractés entre 2019 et 2024 continue de peser lourd. Selon le FMI, l’ancien gouvernement aurait accumulé au moins 7 milliards de dollars de dettes non déclarées, soit l’équivalent de plusieurs années de recettes fiscales.
Cette découverte a conduit le Fonds monétaire international à suspendre temporairement son programme d’aide au Sénégal, évalué à 1,8 milliard de dollars.
Le pays détient aujourd’hui plus de 25 milliards de dollars de dette extérieure, dont 4,7 milliards en euro-obligations.
Sonko rejette toute restructuration
Face à la pression, le Premier ministre Ousmane Sonko a adopté un ton de défi.
« Toute proposition de restructuration serait une honte », a-t-il déclaré samedi à Dakar devant les partisans du parti au pouvoir, promettant de hausser les taxes sur les jeux et certains services pour maintenir la solvabilité du pays.
« Quiconque nie l’existence de la dette cachée devrait aller en prison », a-t-il ajouté, visant directement l’ancienne administration.
Le FMI appelle à la prudence
Le FMI, tout en saluant les audits ordonnés par le président Bassirou Diomaye Faye, a souligné que le plan du gouvernement reposait sur des hypothèses trop optimistes.
L’institution estime que le Sénégal devra mettre en œuvre des mesures correctrices : centralisation de la gestion de la dette, publication des audits et meilleure coordination avec la Banque mondiale.
« Des progrès significatifs ont été réalisés, mais les risques demeurent élevés », a déclaré le FMI, précisant que le pays menait déjà des opérations actives de gestion de la dette intérieure et extérieure.
Un test pour le FMI en Afrique de l’Ouest
Le cas sénégalais devient un cas d’école pour le FMI. L’institution est confrontée au défi de soutenir un partenaire clé de l’Afrique de l’Ouest sans cautionner la dissimulation de dettes publiques.
Cette situation rappelle celle du Mozambique dans les années 2010, où le scandale des « obligations thon » avait entraîné un défaut de paiement et une crise prolongée.
Cette fois, le Fonds semble déterminé à éviter une faillite tout en exigeant une discipline budgétaire stricte.
Une économie sous tension, mais encore porteuse
Malgré la crise, le FMI prévoit une croissance proche de 8 % en 2025, grâce au début de la production de pétrole et de gaz.
Le Sénégal doit toutefois rembourser 4,6 milliards de dollars de dette extérieure au cours des douze prochains mois, dont 600 millions sur ses euro-obligations.
Sa position au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) complique toute restructuration : une grande partie des obligations en francs CFA est détenue par des institutions régionales.
Des discussions sont en cours pour que la Banque centrale de l’UEMOA facilite la conversion des francs CFA en devises étrangères nécessaires aux remboursements.
Paul Lamier Grandes Lignes











