Alors que Donald Trump et Vladimir Poutine ont surpris en relançant des discussions de paix en Alaska, l’Europe tente de reprendre la main. À Paris, Emmanuel Macron a réuni plus de 30 dirigeants pour esquisser une architecture sécuritaire en cas de cessez-le-feu en Ukraine. Une manœuvre destinée à rassurer Kyiv, tout en envoyant un message clair à Washington : les Européens entendent être plus que des spectateurs dans l’après-guerre.
Une réunion pour “consolider” la paix
La rencontre de Paris, à laquelle participaient Volodymyr Zelensky et plusieurs chefs d’État européens (souvent en ligne), vise à structurer ce que l’on appelle déjà une « coalition de rassurance ». Il ne s’agit pas d’intervenir militairement, mais de poser les bases d’un engagement sécuritaire crédible en cas de cessez-le-feu. Un signal politique autant qu’un geste stratégique, au moment où Trump s’emploie à négocier une paix qui pourrait imposer à l’Ukraine des concessions territoriales.
Macron a été explicite : « La sécurité de l’Ukraine, aujourd’hui et demain, est aussi celle de l’Europe ». Pour la première fois depuis le début du conflit, les Européens semblent vouloir assumer un rôle actif dans les garanties post-guerre, avec une vision collective bien que fragile de ce que devrait être la stabilité future de l’Ukraine.
Trois piliers, une ambition : éviter l’abandon
Les diplomates français décrivent une architecture à trois volets :
- Une armée ukrainienne renforcée, d’un million de soldats, équipée notamment en missiles longue portée et défense antiaérienne.
- Une force européenne stationnée à l’ouest du pays, loin des lignes de front, mais suffisante pour dissuader une éventuelle réinvasion.
- Un appui indirect des États-Unis, limité à la fourniture de renseignements, de surveillance et d’aide au commandement.
Ce plan vise à démontrer que la paix négociée par Trump s’il y parvient n’implique pas un désengagement occidental, mais un basculement vers une responsabilité accrue des Européens. La France, le Royaume-Uni et l’Estonie ont publiquement proposé d’envoyer des troupes dans l’Ukraine d’après-guerre, mais la plupart des États, dont l’Allemagne, refusent d’envisager un tel scénario.
Des doutes, peu d’illusions
Malgré la volonté affichée, les divisions sont palpables. Seuls dix dirigeants ont fait le déplacement à Paris. Le chancelier allemand Friedrich Merz était absent. Plusieurs grandes puissances, comme l’Italie ou la Pologne, refusent toute présence militaire au sol. Et à Kyiv, la proposition d’une « force de trébuchement » un contingent symbolique censé déclencher une réaction en cas d’attaque suscite la méfiance.
Côté ukrainien, on reste sceptique : « Je ne me souviens d’aucune discussion où quelqu’un croirait que les Européens enverraient leurs armées se battre pour l’Ukraine », note Maksym Skrypchenko, président du Transatlantic Dialogue Center.
Une réponse diplomatique au sommet de l’Alaska
Cette initiative européenne intervient en réaction directe à la rencontre Trump–Poutine en Alaska. Loin de tout encadrement multilatéral, cet échange a abouti à une proposition russe d’accord de paix incluant des cessions de territoires ukrainiens à Moscou que Trump semble considérer sérieusement. Un tournant jugé dangereux par Paris et ses partenaires.
Dans l’urgence, Macron, Zelensky et d’autres dirigeants se sont précipités à Washington pour convaincre Trump de ne pas acter seul une paix imposée. La réunion de Paris est la suite de cette mobilisation.
Ce que veulent les Européens : peser sans s’exposer
À travers cette « force de rassurance », l’Europe souhaite s’inviter dans les négociations sans provoquer Moscou, ni dépendre exclusivement de l’orientation américaine. Mais la marge est étroite. Tout dépendra d’un éventuel accord de cessez-le-feu… que Moscou rejette pour l’instant.
Les Européens savent que l’essentiel se joue ailleurs. « Si les Américains ne sont pas capables de forcer la Russie à accepter des garanties, alors tout cela n’est qu’une perte de temps », résume Skrypchenko.
Macron tente de rallier une Europe qui doute, face à une Amérique imprévisible et une Russie toujours offensive. La paix, si elle arrive, risque d’être fragile. Mais l’Europe veut prouver qu’elle peut, cette fois, contribuer à la préserver.
Paul Lamier Grandes Lignes











