Malgré la perte d’une partie de son commandement militaire, l’Iran a lancé en quelques jours une série d’attaques coordonnées à travers le Moyen-Orient. Derrière cette riposte massive, qui a visé dix pays, se dessine une stratégie précise : élargir le conflit afin de faire pression sur les États-Unis et Israël en touchant leurs alliés et l’économie mondiale.
Une riposte régionale à grande échelle
Depuis le déclenchement de la guerre le 28 février, les forces iraniennes et leurs alliés ont mené des frappes dans une vaste zone allant du Levant au Golfe.
En trois jours, des attaques ont été signalées en Israël mais aussi en Arabie saoudite, à Bahreïn, à Chypre, aux Émirats arabes unis, en Irak, en Jordanie, au Koweït, à Oman et au Qatar.
Certaines bases militaires occidentales ont également été touchées, notamment des installations américaines mais aussi des bases britannique, italienne et française. Les frappes ont aussi visé des infrastructures économiques sensibles, notamment des ports, des aéroports et des installations énergétiques.
À première vue, cette riposte peut donner l’impression d’une réaction désordonnée. En réalité, elle s’inscrit dans une logique stratégique plus large.
Frappes sur l’économie du Golfe
Les attaques iraniennes ont ciblé plusieurs infrastructures clés de l’économie régionale.
Des drones ont frappé des sites liés à QatarEnergy, le plus grand producteur mondial de gaz naturel liquéfié, entraînant l’arrêt temporaire de certaines activités. Une raffinerie majeure en Arabie saoudite a également été touchée, tandis qu’un centre de données d’Amazon aux Émirats arabes unis a été mis à l’arrêt.
Plusieurs navires ont été visés à proximité du détroit d’Ormuz, ce qui a fortement perturbé le trafic maritime dans ce passage stratégique pour le commerce énergétique mondial.
Les conséquences ont été immédiates : perturbations du trafic aérien et maritime, hausse des prix du pétrole et du gaz, et tensions sur les marchés financiers.
Faire payer le coût de la guerre
Pour Téhéran, l’objectif est clair : transformer une guerre bilatérale en crise régionale et internationale.
En frappant les infrastructures économiques des États du Golfe alliés des États-Unis l’Iran cherche à élargir le coût du conflit. L’idée est d’inciter ces pays à exercer une pression diplomatique sur Washington et Tel-Aviv afin de mettre fin aux opérations militaires.
Cette stratégie repose sur un principe simple : si les conséquences de la guerre deviennent trop coûteuses pour l’ensemble de la région et pour l’économie mondiale, les acteurs extérieurs auront intérêt à pousser vers une désescalade.
Une armée capable d’opérer malgré les pertes
Les frappes israéliennes et américaines ont décimé une partie du commandement militaire iranien ces derniers mois. Une trentaine d’officiers supérieurs ont été tués lors de la « guerre des douze jours » en 2025, et d’autres responsables ont péri dans les bombardements récents.
Pourtant, l’appareil militaire iranien ne s’est pas effondré.
Les forces armées disposent de structures de commandement décentralisées conçues précisément pour fonctionner en cas de frappes visant la hiérarchie militaire. Ce modèle permet de maintenir les capacités opérationnelles même en cas de pertes importantes parmi les dirigeants.
La puissance de l’arsenal de drones
L’un des principaux atouts de l’Iran reste son arsenal de drones.
Depuis le début du conflit, plus de 1 200 projectiles missiles et drones auraient été tirés en quarante-huit heures. Si les stocks de missiles balistiques restent limités, les drones kamikazes de type Shahed sont produits en grand nombre.
L’Iran disposerait de plusieurs milliers de ces appareils et continuerait d’en fabriquer chaque jour.
Cette stratégie présente un avantage important : le coût des drones est relativement faible, tandis que les systèmes de défense utilisés pour les intercepter sont extrêmement coûteux.
Une guerre asymétrique
Les pays du Golfe interceptent une grande partie des projectiles. Les Émirats arabes unis affirment avoir neutralisé plus de 90 % des drones et missiles visant leur territoire.
Mais cette défense a un prix.
Les missiles intercepteurs utilisés par les systèmes de défense aérienne coûtent entre plusieurs centaines de milliers et plusieurs millions de dollars l’unité. Selon certaines estimations, les Émirats auraient déjà dépensé environ deux milliards de dollars pour contrer les attaques iraniennes.
Cette asymétrie constitue l’un des piliers de la stratégie militaire iranienne : infliger des dommages importants à faible coût tout en épuisant les ressources défensives de ses adversaires.
Une guerre qui change d’échelle
En frappant dix pays en quelques jours, l’Iran a transformé le conflit en crise régionale majeure.
Cette stratégie vise à multiplier les centres de pression autour des États-Unis et d’Israël, en impliquant indirectement leurs partenaires du Golfe et leurs alliés occidentaux.
La guerre ne se joue plus uniquement entre deux adversaires. Elle s’inscrit désormais dans une équation régionale et mondiale, où l’économie énergétique, les routes maritimes et la sécurité des infrastructures deviennent des enjeux centraux.
Max Betto Grandes Lignes











