À quelques semaines du dépôt des listes, le Rassemblement national se retrouve une nouvelle fois rattrapé par ses propres investitures. Malgré les promesses répétées de vigilance et de “nettoyage”, des candidats aux propos ouvertement xénophobes ou complotistes continuent d’émerger dans ses rangs. Un phénomène loin d’être marginal.
Un refrain déjà connu
Le calendrier est serré : le 26 février marque la date limite du dépôt des listes pour le scrutin municipal dont le premier tour est fixé au 15 mars. Pour le parti dirigé par Jordan Bardella, l’enjeu est stratégique. Les municipales constituent un test d’implantation locale et un baromètre politique à un an d’échéances nationales majeures.
Mais le scénario rappelle les législatives de 2024, déjà marquées par une succession de révélations médiatiques sur des candidats aux déclarations racistes, antisémites ou homophobes. À l’époque, la presse avait méthodiquement égrené les cas problématiques, ternissant une dynamique électorale pourtant favorable.
Près de deux ans plus tard, l’histoire semble se répéter.
Carpentras, symbole et embarras
La polémique la plus récente concerne le candidat RN à Carpentras, Christian Richaud Simoni. D’anciens messages publiés sur les réseaux sociaux, remontant à 2017, contiennent des propos explicitement racistes visant notamment des personnalités politiques et culturelles.
Averti par voie de presse, le parti a réagi en annonçant la saisine d’une commission disciplinaire, évoquant une “découverte avec stupéfaction”. Une réaction désormais bien rodée : prise de distance publique, ouverture d’une procédure interne, puis gestion au cas par cas.
Le choix de Carpentras n’est pas anodin. Cette ville du Vaucluse reste chargée d’une forte symbolique pour le RN, qui y a longtemps cherché à redorer son image après l’affaire de la profanation du cimetière juif en 1990. La présence de plusieurs élus RN dans la circonscription renforce l’embarras : comment un tel profil a-t-il pu franchir la commission d’investiture ?
Un problème structurel ?
Au-delà du cas individuel, c’est la répétition du phénomène qui interroge. À chaque scrutin, des candidats investis sont épinglés pour des propos publics antérieurs, souvent facilement accessibles. La direction évoque des “erreurs” ou des “dérapages anciens”, mais la fréquence des cas alimente l’idée d’un problème plus profond.
Le RN revendique depuis des années une stratégie de normalisation, cherchant à apparaître comme un parti de gouvernement. Or ces révélations récurrentes fragilisent ce travail d’image. Elles rappellent aussi que l’implantation locale rapide du parti s’accompagne parfois d’un contrôle limité des profils investis.
Pour ses adversaires, le phénomène n’a rien d’accidentel : il traduirait une tolérance implicite envers des discours radicaux, tant qu’ils ne deviennent pas médiatiquement coûteux.
Un test politique
À l’approche du scrutin, la question dépasse la seule polémique. Les municipales constituent un laboratoire politique : elles permettent de mesurer la capacité d’un parti à s’ancrer durablement dans les territoires, à gérer des équipes et à incarner une alternative crédible.
Si les révélations se multiplient d’ici au 26 février, elles pourraient affaiblir la dynamique du RN et nourrir un récit d’incohérence entre discours officiel et réalité des investitures.
Le parti joue donc sur une ligne étroite : afficher fermeté et discipline, sans désavouer trop largement sa base militante. Un équilibre délicat, qui fera des municipales 2026 un nouveau test grandeur nature pour la stratégie de normalisation engagée depuis plusieurs années.
Max Betto Grandes Liggnes








