Kinshasa a franchi un cap. À l’ONU, la République démocratique du Congo (RDC) a demandé la reconnaissance d’un “génocide” commis contre ses populations dans l’Est du pays par le Rwanda et ses alliés rebelles du M23. Kigali a immédiatement rejeté cette accusation, la qualifiant de “stupide” et de “ligne rouge”. Une passe d’armes qui relance la tension diplomatique et met en lumière les blessures historiques encore ouvertes dans la région.
Une accusation lourde de sens
Le ministre congolais des Droits de l’homme, Samuel Mbemba, a exhorté la communauté internationale à “briser le silence” face aux crimes de masse commis dans le Nord et le Sud-Kivu. Citant des rapports récents d’ONG et de l’ONU, il a évoqué des exécutions massives, dont plus de 140 civils tués en juillet près du parc des Virunga par des combattants du M23, selon Human Rights Watch. Pour Kinshasa, ces violences ne sont pas seulement des crimes de guerre, mais des actes qui s’apparentent à une entreprise génocidaire.
La contre-offensive verbale de Kigali
La réaction rwandaise a été immédiate. Le ministre des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe a rejeté l’accusation en la qualifiant de “stupide”. L’ambassadrice du Rwanda à Genève a, elle, parlé de “ligne rouge”. Pour Kigali, évoquer un génocide aujourd’hui revient à détourner l’histoire et à instrumentaliser un concept dont le pays reste le témoin et la victime avec la tragédie de 1994.
Un passé qui continue de hanter la région
Le contentieux entre les deux voisins s’enracine dans le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994. Après le massacre de près de 800 000 personnes, des centaines de milliers de hutu dont des génocidaires s’étaient réfugiés au Zaïre, devenu la RDC. Leur présence a nourri la création des FDLR, ennemi juré de Kigali, et justifie encore aujourd’hui les interventions militaires rwandaises directes ou indirectes en territoire congolais.
Le mot “génocide” comme champ de bataille diplomatique
L’ONU a parlé de crimes de guerre commis par toutes les parties l’armée congolaise, le M23 soutenu par Kigali, et d’autres groupes armés. Mais en choisissant le mot “génocide”, Kinshasa tente de placer le Rwanda face à une accusation au poids symbolique et juridique considérable. Kigali, de son côté, y voit une manipulation destinée à l’affaiblir sur la scène internationale.
Entre diplomatie et drame humanitaire
Derrière ce duel diplomatique, la réalité reste tragique : l’Est congolais est toujours le théâtre de massacres, de déplacements massifs et d’affrontements sans fin. L’utilisation du terme “génocide” déplace le conflit du champ militaire vers une bataille politique et mémorielle, où chaque mot devient une arme.
Paul Lamier Grandes Lignes











