L’enlèvement de Nicolás Maduro par une puissance étrangère, présenté par Washington comme une opération de « libération », résonne sur le continent africain comme un signal d’alarme.
Vue d’Afrique, cet épisode n’a rien d’exceptionnel : il s’inscrit dans une histoire longue d’ingérences, de mises sous tutelle et de confiscation de la souveraineté des peuples.
Une image familière pour l’Afrique
Un chef d’État capturé, humilié, transféré hors de son pays pour y être jugé.
Pour beaucoup d’Africains, ces images ne renvoient pas à l’État de droit, mais à Abidjan, avril 2011. Laurent et Simone Gbagbo, extraits de force par des troupes étrangères, sous les applaudissements occidentaux. Dix ans plus tard, Laurent Gbagbo sera acquitté.
L’histoire récente du continent est jalonnée de ces scènes : le pouvoir arraché par la force, légitimé a posteriori au nom de la stabilité.
L’interventionnisme comme méthode éprouvée
De la Côte d’Ivoire à la Libye, les promesses de démocratie ont souvent débouché sur le chaos.
La chute violente de Mouammar Kadhafi en 2011, saluée à l’époque comme une victoire morale, a plongé la Libye dans une guerre civile durable, sans État ni souveraineté réelle.
Pour l’Afrique, l’opération contre le Venezuela ne marque donc pas une rupture, mais une continuité : celle d’un ordre international où la force prime sur les peuples.
Un impérialisme désormais assumé
La spécificité du moment trumpien tient à un élément central : l’abandon de toute justification morale.
Plus de discours sur les droits humains, plus de rhétorique humanitaire. L’objectif est formulé sans détour : l’accès aux ressources.
Pétrole vénézuélien, minerais congolais, matières premières stratégiques africaines : la logique est identique. L’intervention politique et militaire devient un outil assumé de sécurisation économique.
Une convergence dangereuse avec les élites prédatrices
Cet impérialisme décomplexé rencontre un terrain favorable en Afrique.
Il converge avec des régimes autoritaires qui brandissent l’anti-impérialisme pour mieux confisquer le pouvoir et capter les richesses nationales.
Des juntes militaires aux présidences verrouillées, le discours de souveraineté sert souvent de paravent à une gouvernance prédatrice. L’agression contre Caracas devient alors un argument commode : dénoncer l’ingérence tout en reproduisant ses méthodes.
Des réactions africaines révélatrices
Face à l’opération contre le Venezuela, la majorité des institutions africaines se contentent de déclarations prudentes.
Rappels de principes, appels à la retenue, formules diplomatiques creuses.
Quelques États font exception en condamnant clairement l’intervention. Mais ils restent minoritaires. La plupart oscillent entre silence, ambiguïté ou alignement discret, révélant la fragilité du multilatéralisme africain.
Le risque d’un précédent durable
Vue d’Afrique, le danger est clair :
– la relégitimation de l’intervention militaire comme mode de résolution des crises,
– la banalisation de la dépossession politique,
– l’installation d’un monde où la souveraineté devient négociable contre des intérêts économiques.
Dans ce contexte, les peuples sont les grands absents des décisions qui les concernent.
Un avertissement pour le continent
L’affaire vénézuélienne dépasse largement l’Amérique latine.
Elle envoie un message brutal : la loi du plus fort est de retour, sans fard, sans complexe.
Pour l’Afrique, qui tente encore de solder l’héritage de l’ingérence postcoloniale, ce tournant marque une menace directe.
Car dans ce nouvel ordre de prédation, le continent reste l’un des principaux champs de bataille.
Paul Lamier Grandes Lignes











