4 Fév 2026, mer

RDC : Virtus Minerals à l’assaut de Chemaf, un test grandeur nature du partenariat avec Washington

RDC Virtus Minerals à l’assaut de Chemaf, un test grandeur nature du partenariat avec Washington

Derrière la possible reprise de Chemaf par un groupe américain se joue bien plus qu’une opération minière. C’est un rapport de force géoéconomique entre Kinshasa, Washington et Pékin qui se cristallise autour d’un des joyaux cuprifères et cobaltifères de la République démocratique du Congo.

Chemaf, un actif devenu stratégique

Le dossier Chemaf est entré dans une phase décisive. L’opérateur minier, détenteur de gisements majeurs de cuivre et de cobalt en RDC, se retrouve au cœur d’une recomposition silencieuse mais lourde de conséquences. La société américaine Virtus Minerals est désormais en position avancée pour reprendre le contrôle de cet actif stratégique, à travers un accord d’achat d’actions conclu avec les représentants des actionnaires actuels.

Au centre de la convoitise : la mine de Mutoshi, considérée comme l’un des gisements de cuivre et de cobalt les plus prometteurs du pays. Dans un contexte mondial marqué par la transition énergétique et la course aux minerais critiques, Chemaf est devenu bien plus qu’un opérateur minier parmi d’autres.

Washington en embuscade

L’intérêt américain pour Chemaf dépasse largement la logique d’investissement privé. À Washington, le dossier est suivi de près comme un levier stratégique pour réduire la dépendance occidentale aux chaînes d’approvisionnement dominées par la Chine.

Le cobalt congolais, indispensable aux batteries électriques, est aujourd’hui au cœur d’une rivalité systémique. L’arrivée de Virtus Minerals sur Chemaf s’inscrit dans cette tentative américaine de reprendre pied dans un secteur largement contrôlé par des groupes chinois depuis plus d’une décennie.

Ce positionnement explique, en creux, l’échec d’une précédente tentative de cession de Chemaf à Norin Mining, bloquée par les autorités congolaises. Une décision qui avait déjà marqué un infléchissement de la diplomatie minière de Kinshasa.

La Gécamines, arbitre discret mais central

Dans cette équation, le rôle de Gécamines est déterminant. L’entreprise publique congolaise, actionnaire et partenaire historique de nombreux projets miniers, a progressivement renforcé son emprise stratégique sur les grands dossiers du secteur.

Ces derniers mois, la Gécamines a clairement affiché sa volonté de reprendre la main sur la destination des exportations minières congolaises, en particulier vers les États-Unis. Cette orientation marque une rupture avec une dépendance quasi exclusive aux circuits asiatiques.

Le dossier Chemaf s’inscrit dans cette nouvelle doctrine : moins de passivité, plus de sélection politique et économique des partenaires étrangers.

Un dossier éminemment politique

La reprise de Chemaf ne pourra toutefois pas être finalisée sans l’aval explicite des autorités congolaises. Les autorisations réglementaires, les équilibres contractuels et les engagements industriels restent à valider.

Dans ce contexte, la dimension politique est impossible à dissocier de l’opération. La relation personnelle et diplomatique entre Kinshasa et Washington pèsera lourd. La prochaine visite du président Félix Tshisekedi aux États-Unis pourrait servir de cadre à une clarification stratégique, voire à une validation politique tacite du dossier.

Pour Kinshasa, l’enjeu est double : sécuriser des investissements crédibles tout en évitant une nouvelle dépendance exclusive, cette fois occidentale.

Si l’opération aboutit, Chemaf deviendra l’un des symboles les plus visibles du rééquilibrage minier congolais. Un signal adressé à la Chine, mais aussi à l’ensemble des partenaires internationaux : l’accès aux ressources critiques de la RDC ne sera plus automatique, ni politiquement neutre.

À l’inverse, un blocage ou un enlisement du dossier confirmerait les limites du rapprochement stratégique entre Kinshasa et Washington, et renforcerait l’idée que la Chine reste, malgré tout, l’acteur le plus résilient dans le secteur minier congolais.

Chemaf n’est pas seulement un actif minier. C’est un test. Un révélateur de la capacité de la RDC à transformer son sous-sol en levier diplomatique, et de celle des États-Unis à redevenir un acteur crédible dans la bataille mondiale des minerais critiques.

Dans cette confrontation feutrée, chaque signature, chaque autorisation et chaque silence pèsera bien plus que les chiffres affichés sur les contrats.

Max Betto Grandes Lignes

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