5 Fév 2026, jeu

Rencontre secrète à la Maison-Blanche entre Trump et le président syrien

Rencontre secrète à la Maison-Blanche entre Trump et le président syrien

Dans une atmosphère volontairement feutrée, Donald Trump a accueilli lundi à Washington le nouveau président syrien Ahmad al-Chareh. Une première rencontre entre dirigeants des deux pays depuis plus d’une décennie, qui marque un tournant diplomatique majeur et consacre le retour de la Syrie sur la scène internationale.

Une visite tenue à l’abri des regards

Pas de tapis rouge ni de flashes des photographes : la rencontre entre Donald Trump et Ahmad al-Chareh s’est déroulée loin du protocole habituel.

Arrivé à 11h37 heure locale, le président syrien n’est pas passé par l’entrée principale de la Maison-Blanche, et aucun journaliste n’a été convié dans le Bureau ovale. Cette discrétion inhabituelle souligne le caractère sensible de cette visite, la première d’un chef d’État syrien aux États-Unis depuis plus de vingt ans.

Donald Trump, 79 ans, a salué le « très bon travail » de son invité en Syrie, le qualifiant de « gars dur, mais avec lequel je m’entends très bien ». Le président américain, qui se présente comme l’architecte d’un nouveau Moyen-Orient, voit dans cette rencontre la confirmation de sa stratégie de réconciliation pragmatique avec les anciens adversaires de Washington.

De l’ancien jihadiste au partenaire de Washington

Ahmad al-Chareh, 43 ans, est devenu président intérimaire après la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, à la tête d’une coalition islamiste modérée issue de l’ancienne opposition armée.

Ancien membre du groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS), ex-branche syrienne d’Al-Qaïda, il avait été placé sur la liste noire du FBI, avec une prime de 10 millions de dollars pour sa capture.

Mais depuis son accession au pouvoir, il a entrepris une métamorphose politique, rompant avec son passé jihadiste, multipliant les gestes envers l’Occident et engageant des discussions avec Israël.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a d’ailleurs levé les sanctions contre lui la semaine dernière, à l’initiative des États-Unis, signe d’un désenclavement diplomatique spectaculaire.

Un nouvel axe syro-américain en gestation

Selon l’émissaire américain pour la Syrie, Tom Barrack, cette visite devrait aboutir à la signature d’un accord d’adhésion de la Syrie à la coalition internationale antijihadiste dirigée par Washington.

Les États-Unis envisagent en parallèle d’établir une base militaire près de Damas, chargée de coordonner l’aide humanitaire et d’observer les évolutions des relations syro-israéliennes.

Le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani, a publié une vidéo avant le voyage montrant le président Chareh jouant au basket-ball avec des responsables militaires américains un symbole d’un rapprochement inédit après plus d’une décennie d’hostilité.

Vers un rapprochement avec Israël ?

La rencontre de Washington intervient alors que Damas et Tel-Aviv ont entamé, sous médiation américaine, des discussions sur un accord de sécurité.

L’État hébreu pourrait se retirer des zones du sud syrien occupées depuis la chute du régime Assad, en échange de garanties de stabilité.

Donald Trump aurait également encouragé Ahmad al-Chareh à rejoindre les accords d’Abraham, qui ont permis à plusieurs pays arabes de normaliser leurs relations avec Israël depuis 2020.

L’analyste Nick Heras, du New Lines Institute, y voit une stratégie assumée de la Maison-Blanche :

« Trump amène Chareh à la Maison-Blanche pour montrer qu’il n’est plus un terroriste, mais un partenaire pragmatique, malléable, et désormais central dans la stratégie américaine au Moyen-Orient. »

Cette rencontre marque une rupture nette avec la politique américaine des vingt dernières années, fondée sur l’isolement du régime syrien.

En pariant sur Ahmad al-Chareh, Donald Trump entend redéfinir la place de la Syrie dans l’équilibre régional, tout en marginalisant l’influence russe dans le pays. Le nouveau président syrien a d’ailleurs promis de « redéfinir » les relations de Damas avec Moscou, qu’il accuse de soutenir « l’ancien ordre autoritaire ».

Paul Lamier Grandes Lignes avec (AFP)

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