Le fils de Mouammar Kadhafi a été abattu à son domicile dans l’ouest libyen. Recherché par la Cour pénale internationale, il restait une figure controversée et un acteur potentiel du jeu politique.
Un assassinat encore entouré de zones d’ombre
Saïf al-Islam Kadhafi, l’un des fils de l’ancien dirigeant libyen, a été tué mardi 3 février à son domicile de Zenten, dans l’ouest du pays. Selon son avocat, un commando composé de quatre hommes armés aurait pris d’assaut la résidence avant de l’abattre.
Les assaillants auraient neutralisé les caméras de surveillance avant d’entrer dans la maison. Leur identité et leurs motivations restent inconnues. D’après son entourage, des inquiétudes sur sa sécurité avaient été signalées quelques jours auparavant, mais il aurait refusé une protection supplémentaire proposée par sa tribu.
Un héritier devenu symbole de la chute du régime
Longtemps présenté comme le successeur potentiel de Mouammar Kadhafi, Saïf al-Islam avait cultivé une image de réformateur avant le soulèvement de 2011. Mais ses menaces de répression au début de la révolte avaient définitivement terni cette réputation.
Capturé la même année, il avait été détenu pendant plusieurs années avant d’être condamné à mort en 2015 par un tribunal libyen. Il avait ensuite bénéficié d’une amnistie, tout en restant recherché par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité.
Un acteur politique encombrant
En 2021, Saïf al-Islam Kadhafi avait tenté de revenir sur la scène politique en déposant sa candidature à l’élection présidentielle. Il comptait sur le soutien des nostalgiques de l’ancien régime, mais le scrutin n’a finalement jamais été organisé.
Sa présence dans le paysage politique constituait une source de tensions. Pour certains analystes, il représentait un obstacle majeur à un compromis électoral entre les factions rivales.
Sa mort pourrait donc modifier les équilibres politiques, tout en le transformant en figure de martyr pour une partie de la population.
Un témoin clé dans des dossiers sensibles
Au-delà de la politique libyenne, Saïf al-Islam avait également été impliqué dans des affaires internationales. En 2018, il avait transmis aux juges français un témoignage sur les relations entre le régime libyen et l’ancien président Nicolas Sarkozy, dans le cadre de l’enquête sur un possible financement de la campagne présidentielle de 2007.
Une Libye toujours fragmentée
Depuis la chute de Mouammar Kadhafi, le pays reste divisé entre deux pôles de pouvoir :
- le gouvernement d’unité nationale installé à Tripoli et reconnu par l’ONU,
- et l’autorité rivale basée à l’est, liée au maréchal Khalifa Haftar.
Dans ce contexte instable, l’assassinat de Saïf al-Islam intervient comme un nouvel épisode dans une transition politique sans issue claire depuis plus d’une décennie.
La disparition violente du fils de l’ancien dirigeant libyen ne résout aucune des fractures du pays. Elle pourrait au contraire alimenter les rivalités, les mythes politiques et les calculs de succession dans une Libye toujours à la recherche d’un centre de gravité.
Paul Lamier Grandes Lignes











