Le laboratoire français Sanofi ouvre un nouveau chapitre. Après plus de six ans à sa tête, Paul Hudson quittera officiellement ses fonctions le 17 février. Le conseil d’administration a choisi de ne pas renouveler son mandat, préférant confier les rênes à Belén Garijo, actuelle patronne du groupe allemand Merck KGaA.
Une transition qui intervient dans un moment décisif pour l’industrie pharmaceutique mondiale.
Une ère Hudson contrastée
Arrivé en 2019, Paul Hudson avait promis de transformer Sanofi en misant fortement sur l’immunologie et l’innovation thérapeutique. Son pari sur le médicament vedette Dupixent s’est révélé payant : lancé en 2018, il a généré plus de 15 milliards d’euros de ventes l’an dernier et représente environ un tiers du chiffre d’affaires du groupe.
Mais derrière ce succès, des fragilités apparaissent.
Le brevet de Dupixent doit expirer en 2031. Pour un secteur aux cycles longs, l’échéance est proche. Les investisseurs s’interrogent : quel relais après ce blockbuster ?
Des revers en R&D
L’année 2025 a été marquée par plusieurs échecs cliniques majeurs :
• revers du tolebrutinib contre la sclérose en plaques ;
• résultats décevants pour amlitelimab dans la dermatite atopique ;
• échec d’un traitement potentiel contre la bronchite du fumeur.
Ces déconvenues ont pesé sur la valorisation du groupe. L’action a reculé d’environ 13 % sur l’année 2025, et a encore perdu plus de 4 % à l’annonce du changement de direction.
Sanofi a pourtant multiplié les acquisitions de biotechs et accru ses investissements en recherche. Mais le marché attend des résultats concrets, pas seulement des promesses.
Belén Garijo, profil scientifique pour une nouvelle phase
Médecin de formation, Belén Garijo devra « accélérer la préparation de l’avenir du groupe ». Elle connaît bien Sanofi pour y avoir exercé pendant quinze ans avant de prendre la tête de Merck KGaA.
Son profil tranche avec celui de Hudson, davantage orienté marketing. Le message envoyé est clair : priorité à la crédibilité scientifique et à la reconstruction du pipeline thérapeutique.
Dans l’intervalle, Olivier Charmeil assurera l’intérim jusqu’à l’assemblée générale du 29 avril.
Un contexte mondial sous tension
Le changement intervient dans une industrie en mutation :
• montée en puissance de l’intelligence artificielle en R&D ;
• développement de la médecine personnalisée ;
• pression accrue sur les prix ;
• droits de douane américains affectant le secteur.
Sanofi, en retard lors de la course au vaccin Covid, doit désormais démontrer sa capacité à anticiper la prochaine vague d’innovations.
Au-delà des performances boursières, ce départ reflète une question plus large : Sanofi peut-il rester un champion mondial sans renouveler profondément sa recherche interne ?
Les syndicats réclament un recentrage sur la science plutôt que sur la finance. Les investisseurs attendent un pipeline solide. Les patients, eux, attendent de nouveaux traitements.
Le défi de Belén Garijo sera simple à formuler mais complexe à exécuter : sécuriser l’après-Dupixent et redonner au groupe une trajectoire durable.
Max Betto Grandes Lignes











