4 Fév 2026, mer

Soudan : comment le front du Nil Bleu recompose la guerre et inquiète les voisins

Soudan comment le front du Nil Bleu recompose la guerre et inquiète les voisins

L’ouverture de combats dans l’État du Nil Bleu marque une nouvelle phase du conflit soudanais. Khartoum accuse Addis-Abeba d’alimenter cette extension vers le sud, dans une zone frontalière stratégique où s’entremêlent enjeux militaires, commerciaux et régionaux.

Un nouveau théâtre de guerre au sud du pays

Après des mois de combats concentrés au Darfour et au Kordofan, la guerre s’est déplacée vers le Nil Bleu, État méridional frontalier de l’Éthiopie et du Soudan du Sud. Depuis une semaine, cette région est devenue un nouveau champ de bataille entre l’armée régulière soudanaise et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), appuyés localement par le mouvement rebelle SPLM-N d’Abdelaziz al-Hilu.

Coincées sur plusieurs fronts à l’ouest et au centre du pays, les FSR ont tenté une percée en attaquant des positions militaires autour de Damazin, capitale régionale du Nil Bleu. L’armée affirme avoir repris le contrôle de ses bases, y compris à proximité immédiate de la frontière éthiopienne.

Khartoum accuse Addis-Abeba

Cette escalade n’est pas une surprise pour l’état-major soudanais. Depuis plusieurs mois, Khartoum met en garde contre une implication indirecte de l’Éthiopie, accusée d’acheminer armes et munitions aux FSR et à leurs alliés, et de leur permettre de s’entraîner sur son territoire. Pour faire face à cette menace, l’armée a redéployé la quatrième division d’infanterie dans la région et renforcé ses effectifs autour de Damazin.

Les autorités soudanaises évoquent également un rôle du Soudan du Sud, soupçonné d’abriter des combattants des FSR. Des accusations qui font planer le risque d’une régionalisation du conflit, dans une zone déjà fragilisée par des équilibres politiques précaires.

Un front « latéral » pour soulager la pression

Pour plusieurs analystes militaires, l’offensive dans le Nil Bleu ne peut être dissociée des revers subis par les FSR au Darfour et au Kordofan. Sous pression sur ces fronts majeurs, les paramilitaires chercheraient à ouvrir des axes secondaires afin de disperser les forces de l’armée régulière et de desserrer l’étau.

Le Nil Bleu offre à cet égard des atouts stratégiques décisifs : carrefour commercial, couloir de contrebande et zone de transit entre l’Afrique de l’Est et l’intérieur du Soudan. En prendre le contrôle permettrait aux FSR d’élargir leur profondeur stratégique et d’ancrer le conflit dans une dimension régionale.

Des revendications anciennes, des risques nouveaux

Le chef rebelle Abdelaziz al-Hilu combat le pouvoir central depuis 2011, réclamant l’autonomie du Kordofan central et du Nil Bleu. En l’associant à leur offensive, les FSR réactivent des lignes de fracture anciennes, au risque d’embraser durablement le sud du pays.

Pour Khartoum, l’enjeu dépasse désormais le cadre strictement soudanais. Toute escalade impliquant l’Éthiopie ou le Soudan du Sud transformerait une guerre civile en crise régionale ouverte. Dans une Corne de l’Afrique déjà sous tension, le front du Nil Bleu pourrait devenir l’un des points de bascule les plus dangereux du conflit.

Paul Lamier Grandes Lignes

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